news#0225

Viens de paraître aux Editions furtives : S.O.S. de Patrick Boutin.

50252831_2301695490108905_3445793368989237248_o

Publicités

news#0224

Retrouvez Sylvain-René de la Verdière et Yves Letort au sommaire du troisième numéro de la revue Le Novelliste.

Les Contes des brumes regroupent 10 micronouvelles ayant pour cadre La Civito de la Nebuloj de Sylvain-René de la Verdière et accompagnées d’une illustration de Poulpy.

La remontée du Fleuve, illustrée par Céline Brun-Picard, s’intègre quant à elle dans la série phare d’Yves Letort : Le Fleuve.

le-novelliste-03-presse.jpg

#0733.050119

Tout nous est offert, mais nous, singes grégaires, déchets ophidiens pour qui toute transcendance est une prosaïque métaphysique, nous, pragmatiques besogneux serviles, nous ignorons. Nous ignorons avec une crasseuse majesté, trônant avec fatuité sur nos sciences béotiennes, refusant de savoir -car, en vérité, nous avons les capacités.
Evidemment j’entends d’ici les vipérines langues siffler que l’on ne me comprend pas, que je suis un fou bon à publier ses illuminations sur le tissu molletonné de sa cellule plutôt qu’à l’attention de tout le monde ; je ne répondrai pas à ce genre de commentaire prouvant que le lecteur est incapable de saisir que les mots ne sont que d’opaques vaisseaux de vérités chatoyantes, par essence ineffables et hermétiques.
Tout n’est qu’ondes (vibrations de l’éther), ce n’est plus à prouver. Les couleurs ne sont que les lacunes dans la blancheur infinie réfractées par les leurres de ce que nous nommons réalité. Les sons ne sont que des ténèbres perçant le frauduleux silence. Les songes sont des lueurs invisibles révélées par l’affaissement des sens.
Les saints et les mystiques, eux, ont tendu à cette révélation que tout est lumière, que nous vivons dans l’ombre d’un dieu cyclopéen, un mauvais démiurge, un Adonaï mesquin, un Allah jaloux dont la seule miséricorde est l’enseignement de la souffrance et du zuhd, un mâyâ enlinceulant nos volontés, etc. Étudiez, bon sang, étudiez les écritures : les flamboiements de Kâli, les brûlures du tapas, les vérités omnipotentes et aveuglantes de Lucifer, les anges se transportant plus vite que la lumière (à la vitesse de la pensée), les ténèbres promises par cette mort révocable qu’est notre vie.
Un instant, infini et intangible, je les ai pénétrés ces univers et ces éons où temps et espace se dissolvent en une suprême essence, où les frontières se replient sur elles-mêmes pour introduire les extériorités au cœur de ce système auquel rien ne peut être étranger.
Où les sutures se rejoignent – des fontaines de vie, des concentrations d’éclats telles que rien n’y peut voisiner ni pénétrer, mais où tout y peut naître et surgir.
Ce fut là que je fus placé après mon accident, de là que je contemplai et reçus le fragment luminique. Je sus ce qui grouille entre les fréquences du temps, ce qui rampe entre les crêtes des instants, je sus les visages frénétiques, je sus les spasmes de la représentation, je sus qu’aucune flamme n’est, je sus que le feu noir est le même état que celui des extases.

Lucifuges 5 : Nulle onde dans la danse de Kali//Vid Nichtakovitch Toth ©

#0732.231218

« Il a composé un dictionnaire révolutionnaire ordonnant les mots alphabétiquement selon leur deuxième lettre.
– A quoi bon ?
– C’est plus simple et plus efficace.
– Ce n’est pas plus simple. Et en quoi est-ce plus efficace ?
– Parce que les secondes lettres des mots sont les mêmes dans toutes les langues.
– C’est faux !
– Vrai ou faux, ça reste un fait irréfutable.
– Puisque c’est faux c’est réfutable !
– Vous vous énervez parce que vous sentez vos certitudes s’effondrer. Calmez-vous et buvez donc de ceci.
– Hum, au moins cette liqueur fleure-t-elle assez bon. L’on dirait de la fleur d’oranger et de l’Amareto.
– Ce sont des feuilles de ciguë et des racines d’hellébores distillées selon un procédé qu’a mis au point l’auteur du dictionnaire.
– Mais c’est pas possible ! Et vous, vous vous tenez au fait de ses découvertes ineptes ou délétères… A croire que ce qui serait étonnant ce serait de trouver un dégénéré sans fanatique pour le suivre.
– C’est un esprit libre et visionnaire. Tenez.
– Pouah ! Qu’est-ce que cette poudre encore ? De l’onyx mêlé à l’arsenic magnétique ?
– Du brugmansia purifié à l’éther.
– Vous plaisantez !
– Détendez-vous. Voilà… Voilà…
– Je suis là. Vous en avez mis du temps à l’endormir… Mais ça m’a laissé de quoi songer à de nouvelles inventions. Ecrivez : un gyroscope temporel permettant de ralentir ou accélérer le temps, voire de le faire dévier perpendiculairement, créer un nouveau genre musical dissonant permettant aux non-musiciens de faire du bruit et de nommer cela art, une formule magique pour tuer in utero les fœtus et les ressusciter sur-le-champ sans que personne n’en sache rien, trouver un moyen d’assainir et désaliniser le fromage avant de le liquéfier pour créer une boisson inédite, créer une langue poétique dont tous les mots ont les mêmes terminaisons et un nombre de syllabes variables sans en faire changer le sens, un parapluie doté, à sa pointe, d’un système pour arroser tout le monde alentours même par temps ensoleillé, un monocycle sans pédales pour que cela coûte moins cher qu’une bicyclette sans roue, un appareil photographique en couleurs mais sans blanc ni noir ni sépia (ces teintes appartiennent au passé).
– Tout est noté. Autre chose ?
– L’hôte que j’habite, celui à qui vous parliez il y a quelques instants, donnez-lui une rasade de mon jus de raisin fermenté s’il s’avise de me ridiculiser, ça lui apprendra, et donnez-en à tous ceux qui n’ont pas l’intelligence d’être à l’avant-garde. »

Par le raisin pourri, vous le paierez//Francis Thievicz ©

#0731.061218

J’aimerais vous faire part très succinctement d’une coutume que j’ai découverte lors de mon voyage au Tirkstan ; je pense que vous en apprécierez l’exotique raffinement.

Dans une arène de marbre ceinte de gradins remplis de spectateurs de tous âges, entrent les deux plus belles femmes du pays. Leurs gestes sensuels et leurs parfums suffisent déjà à exciter admiration et jalousie, mais lorsqu’elles commencent à danser en tournoyant vers le public, posant leur regard d’émeraude souligné de khôl sur chacun et chacune, une insane frénésie gagne alors le cœur de tous.
Ensuite pénètrent deux molosses, de massifs mâtins pareils à de nobles cane corso ayant triplé de volume. Alors les princesses fuient l’attention que leur réclame le public pour aller faire tinter leurs grelots à destination des dogues dont on dirait que l’on a aiguisé les crocs.
Quelque chose de malsain et de révoltant se passe ensuite lorsque les demoiselles s’effondrent au sol parmi leurs soieries, hurlant d’extase et de terreur cependant que les monstres canins aboient, hurlent et menacent. Dans le public, déjà, l’on a commencé à s’arracher les cheveux, la barbe, les vêtements, on se griffe et on se mord de frustration de ne pouvoir porter secours – car tout le monde est ferré à son banc.
Dès que le premier sang féminin a perlé au sol, des lames se mettent au clair et brillent dans la foule. On se mutile, on maudit, on invoque des dieux oubliés, inconnus ou inventés, on s’énuclée, on se brise les membres ; les dames se percent avec leurs aiguilles, les enfants s’amputent de leurs doigts avec leurs dents de lait. Une démonstration de macérations comme on n’en a rarement vu même dans les cellules des plus parfaits martyrs.
Le sang se mêle au sang, aux chairs et aux cheveux, les hurlements aux cris, et, dans un chaos de souffrances extatiques, certains se donnent la mort cependant que d’autres s’écorchent au knout.
Un cul-de-jatte à la peau parcheminée de symboles mystiques rampe jusqu’aux femmes lorsque l’une d’elles semble avoir été abandonnée par la vie. Quand la mort a été déclarée, la survivante doit désigner celui qui, dans le public, aura été le moins zélé ; il sera jeté dans le grand jardin servant de domaine aux chiens et leur servira de pitance jusqu’à la prochaine représentation. La défunte, elle, sera momifiée et inhumée dans la crypte où l’on peut passer une nuit en échange de trois litres de son propre sang qui seront versés dans un puits réservé à l’adoration d’une déesse au nom secret.

Tradition du Tirkstan//Francis Thievicz ©