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Il y eut un temps où les âmes hardies défiaient les cieux et gravissaient les altitudes divines, gagnant les étoiles pour contempler les au-delàs, et, candides audacieux, vaciller au bord du vide sans crainte de chavirer et s’écraser sur un sol profane pour y moisir de toute leur éternité. Dans leurs angéliques dépouilles croupissaient des songes dont se délectait une peuplade insulaire oubliée du soleil et de la lune, une espèce de canidés imberbes aboyant entre le néant et l’absolu où même les vagues et les mirages n’osent s’échouer, une civilisation adorant les galaxies, les nébuleuses et tout ce qui gire au-dessus des crânes tatoués aux effigies de constellations exotiques. 
Mais les braves se sont faits aussi rares que les âmes : tout ce qui se mouvait n’hébergeait plus nécessairement d’esprit, et tout ce qui était esprit était las et conquis par les dieux, dominé par les lois et le temps. Ainsi pourrirent les rêveurs dont on ne trouve les restes que mêlés aux laves de failles océaniques inutiles et dont seules quelques effluves d’un parfum inconnu se laissent flairer lorsque l’on s’abandonne aux solitudes maritimes les plus fatales.

//Anonyme ©

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Certains prétendent que c’était un chêne aussi vieux qu’Yggdrasill, d’autres que c’était le plus grand orme que la terre pouvait porter sans chavirer. Toujours est-il que les gravures, aussi nombreuses et précises soient-elles, les contes autochtones, ni les divers témoignages ne s’accordent à propos de son essence ; même ses feuilles séchées ou celles qui ont servi à produire des bas-reliefs sur les tomettes de la place du temple ne permettent d’émettre la moindre affirmation définitive. 
Sa plus ancienne mention remonte à l’époque romaine, lorsqu’un viaduc fut dressé non loin entre deux collines et qu’on grava à sa base des formes sylvestres en son honneur. 
De tous temps on s’y pendit, que ce fut par sens du sacrifice, par bravade à la maladie, par refus de vieillir ou par dévotion. Les corps y étaient laissés à moisir, à se vider et à se dessécher. Certains, correctement accrochés, étaient absorbés par la croissance végétale, d’autres croupissaient à ses pieds, trouvant dans ses racines une sépulture qui devait trouver un sens cosmique pour que nul qui y soit inhumé ne trouvât de raison de revenir en fantôme.

//Anonyme ©