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« Bien le bonjour, jeune homme. Je souhaiterais goûter vos fameuses kafkahuètes. Mettez m’en un cornet, voulez-vous ?
– T’à fait m’sieur. Voulez quel parfum ? 
– On ne m’avait pas dit qu’il y en avait plusieurs… lequel me conseillez-vous ? 
– C’est que j’sais pas trop, m’sieur. Moi j’aime bien scarabée, attendu que ça croustille. Mais punaise de lit est plus piquant, si on n’est pas enclin aux allergies. 
– Eh bien je vous prendrai un mélange, si cela vous agrée. 
– Pour sûr, m’sieur ! Salé ou sucré ? »

Kafkahuète//Sylvain-René de la Verdière ©
d’après un titre de Milton Jumbee
Photographie//Lewis Hine

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« Vous ne me ferez pas croire, amiko mia, que ces ouvrages sont d’un intérêt notable. 
– Et pourquoi ne le seraient-il pas ? 
– C’est qu’ils fleurent l’antique à plein nez ! Ne sentez-vous pas cette entropie qui les ronge ? Ne voyez-vous pas que poussière et humidité cohabitent au plus profond de leurs fibres ? De quel atavisme obscène sont-ils frappés ? Je vous le demande ! 
– Eh bien, mon cher… que vous arrive-t-il ? Souhaitez-vous que nous n’embarquions plus que des nouveau-nés aux derrières luisants et à l’encre fraîche ? Vous qui, il y a peu, refusiez de visionner un kinétoscope sous prétexte de modernisme électrique ! Eh bien sachez que cette biblomobile fait vivre ces ouvrages, qu’elle endigue cette entropie que vous évoquez bien maladroitement. Car chacun d’entre eux est tout ce qu’il y a de plus vivant, chacun renferme une histoire autre que la raconterie qui noircit ses pages, une histoire que vos jeunets n’ont pas entamée et dont peut-être, au détour d’une page, un collembole daignera vous entretenir. 
– Oh ! Vi pravas, mon cher, je crois que je commence à comprendre… »

Du mûrissement des opuscules//Sylvain-René de la Verdière ©

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Je n’ai jamais su qui elle était, mais toutes les nuits, du printemps jusqu’à l’automne, elle apparaissait à l’orée des bois, traversait la plaine en ramassant des brassées de fleurs des champs et se recueillait sous la lune, au bord du lac, en tissant les tiges avant de les noyer dans les eaux.
Quelque chose m’empêcha de troubler ses pèlerinages secrets et de souiller de ma présence ces tableaux nocturnes qu’elle répétait pieusement. 
Lorsqu’elle cessa de combler les étoiles de ses rites, j’osai examiner les lieux de ses recueillements, chérissant le tronc où elle s’asseyait, vénérant le sentier qui aura eu l’heur de recevoir la caresse de ses pas, envieux des oiseaux qui auront pu chanter pour elle, jalouse de l’onde sur laquelle elle se penchait avec tant de délicatesse. 
Ce fut au crépuscule froid et clair qu’elle avait cessé de paraître, et, dans l’eau gelée de la rive, je remarquai d’étranges couleurs. C’était une manière de cadre floral, plongeant dans les abîmes, figé dans la glace qui, tout au long de l’hiver, ne relâcha son emprise sur l’œuvre de la mystérieuse. 
Quand la couche fut assez épaisse pour me supporter, je glissai jusqu’au-dessus et vis sa robe blanche, comme suspendue en un abstrait éther, profondément noyée sous les couronnes de pétales, et son visage qui, sous certains reflets de la lune hivernale, laissait deviner quelques subtils traits taillés dans un marbre diaphane.
À chaque instant, mes pensées inclinaient vers elle. Je la croyais morte, captive des supplices du frimas, mais je ne violai pas sa sainte sépulture pour les porter en quelque crypte où la vénérer. Puis me vint l’idée que quelque magie avait ici cours, que son image, à force de s’être penchée sur la surface, en avait marqué la matière. Mais au fur et à mesure que le printemps libéra son étreinte froide, la glace se craquela, et l’image commença à se dissoudre. 
Un reflet, c’était un reflet dans cet éphémère miroir. Un reflet qui, bientôt, s’en irait mourir dans l’anonymat du limon, un reflet sur lequel je me penchai tout juste, de peur que mon souffle ne l’altérât, une image enchâssée dans son écrin de cristal et de flores.
J’ai tressé des ronces et des digitales. Chaque nuit les étoiles peuvent voir ma silhouette prier sur la rive et déposer une gerbe au même endroit. Bientôt moi aussi je n’aurai en ce monde qu’un reflet dans un caveau de pourritures suspendues.

Anima – Nyx//Anonyme ©

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Quelques parutions récentes :
Le Novelliste #5, revue avec Yves Letort, Sylvain-René de la Verdière, Céline Maltère et Poulpy (illustration).
L’Ampoule HS#8, revue avec Yves Letort et Pascal Dandois (illustration).
Paco, nouvelle de Pierre Celka.
Violences #11, fanzine avec Pascal Dandois.
En deux coups les gros, recueil de nouvelles de Patrick Boutin (Cactus Inébranlable).
Traction-Brabant #92, fanzine avec Pascal Dandois.
Revue Méninge #20, fanzine avec Pascal Dandois.
Chevaliers errants, anthologie avec Anthony Boulanger et Kaliom Geefker (Mots et Légendes)
Sainte Valentine 2021, anthologie avec Pascal Dandois (Ska).
Le ventre et l’oreille #6, revue avec Pascal Dandois.

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Viennent de paraître :
De Céline Maltère : Les rhinolophes, illustré par Jean-Paul Verstraeten, aux éditions Les Deux Crânes.
De Patrick Boutin :Histoires hypraordinaires, illustré par Pascal Dandois, et Le Roi semeur, illustré par lui-même, tous deux chez Denis éditions.
Pascal Dandois est quant à lui au sommaire de l‘Almanach de 366 auteurs francophones chez Sela Prod, et au côté de Patrick Boutin dans l’Opuscule hors-série #10 consacré à Gainsbourg chez Lamiroy.

news#0254

Nouvelles parutions notables :

* Sylvain R:é (Sylvain-René de la Verdière) est au sommaire du Novelliste n°4 chez Flatland, sous la direction de Yves Letort.

* Anthony Boulanger et Pascal Dandois ont contribué à Spice Opera, le cinquième numéro de la revue numérique gratuite Le ventre & l’oreille.

* Pascal Dandois, toujours lui, est au sommaire de A l’aveugle, numéro 37 de Assiduité Non Garantie. On le retrouve aussi dans le recueil Rimbaud et Moi, aux éditions du Pont de l’Europe et dans Zinc, numéro 19 de la Revue Méninge.

news#0252

Quoi de neuf depuis la dernière fois ?

Isangeles (Rodrigo Arramon) a sorti un roman d’anticipation intitulé « Brune » chez RroyzZ.
Patrick Boutin a écrit des poèmes à partir de dessins de Simon Deshusses pour les éditions Gros Texte. Le résultat s’intitule « L’Ame à Deshusses« . Il figure également au sommaire du dernier numéro de Géante Rouge avec son excellent Pépin d’Or 2020, et sera dans les pages du Hors Série à venir de la collection Opuscules chez Lamiroy au côté de Pascal Dandois.