news#0227

Nous apprenons à l’instant qu’un recueil de micronouvelles de Francis Thievicz est paru le mois dernier au Nocturlabe. Instandamnés et autres naguerréotypes est donc disponible dès à présent.

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#0734.020219

L’auteur de cette vésanie poétique intitulée Nulle onde dans la danse de Kali, je l’ai rencontré, après qu’il m’eut adressé sa fantaisie afin que je la relise et la transmette aux Deux Zeppelins. Damnation, un magnifique cadavre que le sien ! Comme il vivait seul – on s’en doute – personne ne s’était inquiété de sa disparition.
Les chancres purulents déformant sa physionomie sous ses vêtements rongés par les sanies suppurant de l’absolue abjection qu’était sa dépouille m’invitèrent à un examen attentif.
Ses yeux pareils à des abcès gluants plus noirs que l’onyx, son crâne fendu de l’intérieur tel un vase percé par des bulbes libérant des fleurs de verrues phosphorescentes, la matière cérébrale émulsionnée en mousse onctueuse et nacrée bouillonnant lorsque le rayon de ma lampe la frappait, et ce parfum métallique pareil à celui qui voisine la foudre lorsqu’elle s’abat sur la cime chauve d’une montagne. Au moins était-ce un homme qui n’avait pas péri pour rien.
Sinon cette merveille d’insolite décomposition, nul fait remarquable. Pourtant si je me permets d’ajouter au récit incohérent mais pathétique, ce n’est pas seulement dans un dessein esthétiquement morbide, mais aussi parce que j’ai trouvé une manière de conclusion écrite par l’illuminé esseulé.
A part quelques citations du poète Ramprasad (que j’ai éliminées du récit), le texte serait désormais complet :

Tout est écho d’écho, tout est lumières de ténèbres, tout est résurgence d’étincelant néant. Ne prêtez pas attention aux prophètes dévoyés, aux dévots des ombres ni aux idoles dorées : l’ultime ascèse ne consiste nullement en une conscience ni en des génuflexions ni en des baignades ou quelque abstinence que ce soit. Il faut se libérer de tout ce qui difracte notre lumière intérieure, de tout ce qui endigue les courants flamboyants s’épanchant des fontaines de l’univers infini replié sur le cosmos, il faut inciser ces prismes que sont nos âmes pour laisser croître ce qui y est prostré et y suffoque, blême, blafard, moribond.
Plus rien ne peut m’atteindre, je me suis extrait des vibrations. Je serais prêt à tout endurer, si du moins il existait encore quelque chose.

Ce furent donc les derniers écrits de l’homme avant sa transformation en cette grotesque masse informe. Pour le reste, je ne peux davantage vous informer, j’ai déjà bien assez de problèmes avec les autorités pour m’encombrer de ce genre de tracas.

Lucifuges 6 : Ultime ascèse//Vid Nichtakovitch Toth ©

news#0224

Retrouvez Sylvain-René de la Verdière et Yves Letort au sommaire du troisième numéro de la revue Le Novelliste.

Les Contes des brumes regroupent 10 micronouvelles ayant pour cadre La Civito de la Nebuloj de Sylvain-René de la Verdière et accompagnées d’une illustration de Poulpy.

La remontée du Fleuve, illustrée par Céline Brun-Picard, s’intègre quant à elle dans la série phare d’Yves Letort : Le Fleuve.

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#0733.050119

Tout nous est offert, mais nous, singes grégaires, déchets ophidiens pour qui toute transcendance est une prosaïque métaphysique, nous, pragmatiques besogneux serviles, nous ignorons. Nous ignorons avec une crasseuse majesté, trônant avec fatuité sur nos sciences béotiennes, refusant de savoir -car, en vérité, nous avons les capacités.
Evidemment j’entends d’ici les vipérines langues siffler que l’on ne me comprend pas, que je suis un fou bon à publier ses illuminations sur le tissu molletonné de sa cellule plutôt qu’à l’attention de tout le monde ; je ne répondrai pas à ce genre de commentaire prouvant que le lecteur est incapable de saisir que les mots ne sont que d’opaques vaisseaux de vérités chatoyantes, par essence ineffables et hermétiques.
Tout n’est qu’ondes (vibrations de l’éther), ce n’est plus à prouver. Les couleurs ne sont que les lacunes dans la blancheur infinie réfractées par les leurres de ce que nous nommons réalité. Les sons ne sont que des ténèbres perçant le frauduleux silence. Les songes sont des lueurs invisibles révélées par l’affaissement des sens.
Les saints et les mystiques, eux, ont tendu à cette révélation que tout est lumière, que nous vivons dans l’ombre d’un dieu cyclopéen, un mauvais démiurge, un Adonaï mesquin, un Allah jaloux dont la seule miséricorde est l’enseignement de la souffrance et du zuhd, un mâyâ enlinceulant nos volontés, etc. Étudiez, bon sang, étudiez les écritures : les flamboiements de Kâli, les brûlures du tapas, les vérités omnipotentes et aveuglantes de Lucifer, les anges se transportant plus vite que la lumière (à la vitesse de la pensée), les ténèbres promises par cette mort révocable qu’est notre vie.
Un instant, infini et intangible, je les ai pénétrés ces univers et ces éons où temps et espace se dissolvent en une suprême essence, où les frontières se replient sur elles-mêmes pour introduire les extériorités au cœur de ce système auquel rien ne peut être étranger.
Où les sutures se rejoignent – des fontaines de vie, des concentrations d’éclats telles que rien n’y peut voisiner ni pénétrer, mais où tout y peut naître et surgir.
Ce fut là que je fus placé après mon accident, de là que je contemplai et reçus le fragment luminique. Je sus ce qui grouille entre les fréquences du temps, ce qui rampe entre les crêtes des instants, je sus les visages frénétiques, je sus les spasmes de la représentation, je sus qu’aucune flamme n’est, je sus que le feu noir est le même état que celui des extases.

Lucifuges 5 : Nulle onde dans la danse de Kali//Vid Nichtakovitch Toth ©