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Retrouvez Sylvain-René de la Verdière et Yves Letort au sommaire du troisième numéro de la revue Le Novelliste.

Les Contes des brumes regroupent 10 micronouvelles ayant pour cadre La Civito de la Nebuloj de Sylvain-René de la Verdière et accompagnées d’une illustration de Poulpy.

La remontée du Fleuve, illustrée par Céline Brun-Picard, s’intègre quant à elle dans la série phare d’Yves Letort : Le Fleuve.

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reboot#0005

AVERTISSEMENT

Les deux Zeppelins seront rebootés à partir d’aujourd’hui, premier septembre 2018. L’ensemble des brèves publiées à ce jour seront supprimées petit à petit et constitueront l’éphémère Saison 5.
Il ne vous reste donc plus que quelques jours pour compulser les micronouvelles actuellement en ligne avant qu’elles ne disparaissent.

Nous remercions chaleureusement l’ensemble des auteurs qui ont participé à cette cinquième saison, d’autant qu’elle revêt un statut particulier. D’aucuns auront d’ailleurs constaté que notre appel à texte est clos depuis plusieurs mois.

Quid de la Saison 6, alors ?
Les deux Zeppelins font une escale. Après cinq années, 722 brèves et 8 feuilletons de 45 auteurs et 13 illustrateurs, il est temps de se mettre en chantier.

Parbleu ! Il n’y en aura donc pas ?
En fait si, mais le rythme des publications ne sera pas aussi soutenu. Il nous reste quelques brèves inédites acceptées avant la cloture de l’appel à textes et il est hors de question qu’elles passent à la trappe. Attendez-vous donc à les voir apparaître au compte-gouttes avant fin août 2019. Il se peut également que nous publiions le feuilleton de Sylvain-René de la Verdière intitulé « Le Carnet d’Émilien Lépingle », que nous vous avions annoncé pour cette Saison 5, mais qui est resté au fond des tiroirs.
Aucune réouverture de l’appel à textes n’est prévue, en revanche.

Alors c’est la fin ?
Des Zeppelins tels qu’ils l’ont été depuis 2013, oui. Outre ces textes inédits, notre priorité pour l’année à venir est de nous pencher sur la réalisation des volumes d’archives papier à destination des auteurs, qui ont pris du retard (vraisemblablement 2 volumes pour chacune des Saisons 4 et 5). Ensuite, nous verrons bien. Quelques idées fourmillent ici ou là, mais le chantier n’est pas commencé et ne le sera pas tant que les recueils d’archives n’auront pas vu le jour. Nous continuerons quoi qu’il arrive d’annoncer les parutions de nos auteurs, et nous vous tiendrons informés, ici et sur facebook, de l’avancée des projets.

Rendez-vous, donc, dans un futur indéfini. En attendant, bonne Saison 6 et bonne lecture des textes existant avant qu’ils ne nous quittent.

série#07SDT.30

Yves 30-La fin

   Où l’on prend congé du Ténébreux

Vint le temps de mourir pour Le Ténébreux. Les batailles, les privations, la nécromancie, la dureté des contrées arides à la terre rouge l’avaient prématurément vieilli. Son ombre errait dans les franges, à la lisière du regard, au moment précis où l’œil perdait le contact, où la périphérie devenait trouble. Il s’était changé en une silhouette tremblante qui émergeait du sol comme une onde de chaleur. Il était seul. Ses pas incertains le menèrent au royaume de Shangar. Ses haillons laissaient entrevoir les muscles desséchés, les tendons qui saillaient tels des cordages sous un taud, tavelé et bruni. Il s’était résolu à en finir au moment où le potentat le découvrit et le fit miraculeusement porter dans son palais. Le Ténébreux était devenu presque aveugle et ne reconnut son hôte que lorsque celui-ci parla. Il avait enfin retrouvé son domestique, un dernier moment de bonheur où il étreignit faiblement le bras de son compagnon. Tous deux avaient accompli un chemin conforme à leurs inclinations. Le Ténébreux avait sombré doucement, le domestique était devenu un usurpateur prospère et aimé. L’ancien maître eut la discrétion de ne rien demander et de mourir dans la nuit de son arrivée. Ses yeux blancs ne regardaient plus rien.
Le potentat de Shangar fit armer une simple barque, y déposa le corps du Ténébreux, et par les canaux, livra l’esquif à la mer. Le monde ne serait plus pareil, il avait déjà changé. Sur le retour, il croisa une barge à vapeur. Son bruit infernal, la fumée dense, voile de deuil dans la voûte du ciel, troublait son chagrin. Il se sentit vieux pour la première fois de son existence. La mélancolie s’installa et ne se dissipa jamais vraiment.
La nouvelle saison s’annonçait. La cité de Shangar ouvrirait bientôt ses portes aux marchands et aux bateleurs. La paix ne restait pas nostalgique. Il regagna ses murs.
Et ce fut ainsi que prit fin l’histoire du Ténébreux, sur une mer couleur de limon, la nuit où Phobos et la Terre entrèrent en conjonction.

Saga du Ténébreux : épisode 30//Yves Letort ©
Illustration//Férid Khalifat ©

série#07SDT.29

Yves 29-La Bâtisse

   Dans lequel on constate que le péril peut se trouver dans la descente

La bâtisse à flanc de montagne semblait se perdre dans les cieux. Elle ne possédait aucune ouverture, ressemblait à un monolithe blanc et lisse qui tranchait sur le fond ocre du relief. Deux cages en osier reposaient à terre, au bout de câbles qui s’évadaient vers les hauteurs. Des badauds rôdaient alentour, mais, à l’évidence, n’étaient pas prêts pour l’ascension. Le Ténébreux et le domestique s’avancèrent en lisière du spectacle :
« Si nous montons dans les cages, nous allons accomplir un interminable voyage dans l’air raréfié, avant la terrasse. Tu seras reçu avec une charmante sollicitude ou jeté du parapet. Si tu es accepté, une exquise urbanité t’accueillera. Cela, c’est le fait du sommet. Il fera froid, puisque nous nous trouverons dans les hauteurs. Tu quitteras le ciel libre pour aborder une suite d’antichambres et de pièces où tout se rendra à ta merci. Des esclaves heureux t’accompagneront dans ta descente. Et puis, tu te montrera exigeant, voire capricieux. Ce qui te constituait une créature sociable se gommera plus ou moins rapidement, selon ton caractère. Tu te transformeras en tyran, ou bien le domestique que tu affectes de paraître — tu le deviendras véritablement. Tu plongeras dans le marigot de ton esprit à mesure que tu descendras les entrailles de la bâtisse des mois durant. Tu feras souffrir autrui, à satisfaire cette soif de pouvoir qui se révèlera dans sa totalité. Et puis tu pâtiras de ne jamais l’étancher. Tu resteras une éternité dans un recoin, à guetter la possession d’autrui, si enviée, quitte à méditer le meurtre. Tu reprendras la descente, si tu as de la chance, ou une conscience. Tu quitteras le masque en cuir épais et tourmenté, le masque d’animal que tu portais toujours depuis ton arrivée là-haut. Tu laisseras le masque sur le seuil avant de t’éloigner. Tu ne rencontreras rien de plus, rien de moins, seulement, de nouveau, ta solitude. »
Ce fut ainsi que Le Ténébreux alla quérir les masques avec l’assentiment du domestique.

Saga du Ténébreux : épisode 29//Yves Letort ©
Illustration//Férid Khalifat ©