#0749.160520

Comment vous décrire cet ouvrage autrement que comme une inconcevable somme de cryptiques assemblages de propos hermétiques et de sentences occultes ? Il ne frappe l’esprit qu’au moment de sa lecture, évoque des visions crépusculaires, d’éthérés eschatos horriblement enchantés, de subtiles démesures cosmiques… Mais ces pénétrations transcendantes demeurent aussi absolues que fugaces, dissoutes sitôt les yeux dégagés des arabesques formées par les phrases incompréhensibles par l’entendement commun.
J’ai tenté de m’en procurer un fac-similé, ai consulté les registres des plus réputées bibliothèques privées ou publiques, hélas ! en vain.
Ma tentative de vol se solda par un cuisant échec m’obligeant, par la suite, à me teindre les cheveux, raser ma barbe et me grimer d’une telle manière que je pus ne pas me faire reconnaître lorsque je venais assouvir les impériosités de ma passion.
Si seulement je pouvais, une journée seulement, me soustraire à ses charmes et, avec la froideur du moine copiste illettré, reproduire les runes chéries plutôt que me laisser distraire et préférer la jouissance hédoniste de l’instant éphémère…
Ô combien ces pages d’ivoire (ivoire ou nacrées ?) constellées de ces ensorcelés sceaux vermeils et mauves (ou noir, ou turquoise ?) m’appellent ! Je les connais, je peux les voir danser devant moi cependant que je les décris, ces puissants poèmes des deux premières pages formant autant de pentacles (ou sont-ce des octogrammes ?), je peux les reproduire. Oui je le peux, et je vais le faire, si du moins je pouvais me souvenir des symboles cunéiformes… des runes hongroises ? ou étaient-ce des hiéroglyphes ? Pourtant je sais que… Non, du copte ancien ; non au début mais bien au contraire sur les pages centrales, en papyrus jauni et encre de seiche : deux cercles vert émeraude sur fond charbon gratté, un double poème en futhrak d’un côté et glagolitique de l’autre, mais lisible par toute personne maîtrisant le latin. Oui, c’est cela, exactement, une lemniscate en araméen dans laquelle s’inscrivent deux tankas formant les runes Isa et Sowilo. A moins que… Pourtant je sais, pour les avoir parcourus des centaines de fois…

Dissolvere//Francis Thievicz ©

#0748.090420

Se répand depuis un certain temps la toile d’un intolérable négationnisme tissé par quelques araignées ne cessant de prendre dans leurs pièges ces insectes dépourvus de libre arbitre ou de pensée propre, des moucherons sans dessein ni but, trop heureux d’avoir trouvé place sur ce tissu gluant. Qu’il soit enfin admis, une fois pour toute, que les grands de ce monde ne sont pas innocents de ce que la doxa qualifie de crimes à défaut d’en entendre la dimension bienveillante : Vlad Tepes a bel et bien dîné à l’ombre de pals dressés en véritables forêts, Gilles de Rais n’a pas épargné ses peines pour s’accoquiner à Baron, et, surtout, l’immense Erzsébet Bathoryova s’est baignée dans le sang d’un nombre de vierges sous-estimé même par les plus extravagantes estimations. 
L’œuvre de la comtesse n’a cessé, de son vivant à nos jours, de sombrer vers les limbes les plus prosaïques en même temps que les époques inclinaient aux abîmes de la vulgarité, jusqu’à passer pour une féministe ayant vécu en une époque que l’on ne connaît plus à force de l’avoir fantasmée et rationnalisée par induction et déformée par le prisme de nos myopies. 
De la goétie, il en fut plus ou moins question, mais surtout de gnosticisme, de blasphème envers la perfidie du démiurge aigre et mauvais. 
L’œuvre de beauté de cet ange sublime n’était pas seulement esthétique – contrairement à ce que l’on a essayé de prétendre avec succès auprès d’un public plébéien et superficiel avide de ce genre de niaiseries – mais avant tout l’appropriation de la pureté virginale, une virginité pas seulement concupiscente mais aussi existentielle. Il n’y était pas seulement question de récolte de sang mais surtout de mise à mort, d’épargner la chute hors des firmaments infantiles, de faire obstacle à la souillure filtrant au fil de l’âge jusqu’aux essentielles intériorités, d’héberger la préciosité de ces âmes vacillant au bord des vicieux précipices de la damnation. 
Des historiens poseurs et des écrivaillons ont créé des monstres en lieu et place de héros pour mieux glorifier la banale bassesse de l’hédonisme populaire, pour mieux diaboliser la fantaisie, le rêve et la charité. Où l’on hume le charnier, où l’on flaire le massacre, où l’on peut se délecter de champs mortuaires, on peut sans effort trouver trace d’un bienfaiteur. 
Tranchez des veines, versez deux litres de sang de vierge dans une bassine, et observez dans l’onde vermeille, vous verrez que je dis vrai !  

Inno a Bathoryova//Francis Thievicz ©

#0747.080420

Vous me condamnez car votre âme est percluse de prosaïsme et inapte à se dépêtrer de certaines morales sclérosant votre imagination. Parce que vous avez ployé face aux idoles de l’hédonisme, vous vous figurez  le sol être votre firmament cependant que vous êtes simplement des bossus prostitués aux insuffisantes finitudes de ces pâles divinités.
J’en suis arrivé où j’en suis alors que j’étais moi aussi une tête de bétail dans votre troupeau, de ces raclures de moisissure écumant sur l’océan de fanges croupies, de ces laborieux fiers de leur servilité offerte sur les autels de l’honneur, de la famille, de la société et de la bravoure. Mais, parfois, quelques idées me passaient dans le kyste trônant au-dessus du cou, surtout quand je regardais ces gamins s’usant l’enfance à l’usine ; ainsi, lorsque l’un d’eux fut pris dans le ruban d’une machinerie, je saisis un outil contondant et, au lieu de couper le piège pour dépêtrer celui qui, après cela, serait resté prisonnier de sa misérable vie, je tranchai sa gorge. 
On me félicita pour avoir tenté de sauver le môme car on dévoya mon acte philosophique en tentative de perpétuer l’esclavage et la misère du bambin. Mais je n’ai pas seulement tenté : je l’ai effectivement sauvé en l’envoyant à la tombe ! Et je me suis sauvé moi aussi, car le soir même je fus la proie de rêves merveilleux, voyageant dans de mirifiques immensités, visitant d’ineffables architectures musicales, hantant des landes de frénétiques éblouissements, dansant dans d’indicibles nébuleuses avec des étoiles dont nul ne saurait esquisser les lascifs atours ni les charmes éthérés.
A Paris, je trouvai une horde anarchiste à laquelle m’affilier pour libérer des policiers et des bourgeois ; aussi m’accoquinai-je aux Boulangistes, aux Apaches et à d’autres gangs ainsi qu’à divers troupeaux du même acabit ; j’étais malfaisant à tel point qu’un temps je fus même gardien de la paix. Chaque rossée, chaque bastonnade, chaque molestation, chaque vitriolage, chaque meurtre était une manière de libération, un cantique aux limbes au-delà du cosmos, des louanges aux déités qui n’ont jamais régné que sur des empires oniriques, des prières aux dieux intérieurs à soi, des dévotions aux délices éthérés du songe, des liqueurs portées au calice du Sublime. 
Bientôt, oh oui, bientôt j’aurai ma parfaite et absolue rétribution. Agitez vos chaînes et vos promesses de bagne, aiguisez vos lames de guillotine ; ici, dans ce petit crâne, je prendrai retraite pour être libre pour toujours. 

Dernières déclarations de l’accusé avant le meurtre de ses codétenus et sa disparition//Francis Thievicz ©

#0746.070420

Parce qu’il avait échangé quelques vertigineuses pensées avec un ami poète dont le dessein était d’ouvrager quelque chose de sublime, de magistral, de suprême, de radicalement ennemie à la création du démiurge de notre fade univers, il s’était décidé à imiter son camarade selon ses propres domaines de compétences, à savoir la musique. 
Bientôt il ne reçut plus de missive de l’entrepreneur de transcendance littéraire ; alors il sut qu’une nouvelle divinité était née. Fort de cette certitude dans ce monde douteux en lequel le sclérosant scepticisme parait être la seule attitude noble et logique, il s’employa à analyser les mélodies et à agencer toutes les notes étranges et subtiles en harmonies merveilleuses et éthérées, puis il créa quelques périlleux et démesurés accords sur son violon aux mécaniques usées à force de désaccordages et d’expérimentations. Enfin il lui sembla que la partition finale contenait, sinon une impérialité cosmique, au moins une singularité suffisant à blasphémer la réalité ou ouvrir quelque onirique voie. 
Des quelques représentations qu’il donna, il ne vit nul spectateur s’abîmer dans la démence, nulle élégante s’écorcher le visage en proie à quelque vérité absolue, aucune forme d’annihilation de l’outrage existentiel, pas la moindre lueur noire s’illuminer dans l’œil grégaire de ceux qui néanmoins applaudissaient longtemps lorsque l’archet cessait de frotter les cordes. 
Incertain, il décida d’ôter la cire et le coton dont il avait, par précaution, enduit ses oreilles, et joua sa partition pour lui-même, découvrant avec émerveillement les prouesses et les audaces dont il était l’auteur. 
Du poète nous savons qu’il avait fait quelques lectures publiques sans produire davantage d’effet dans l’assistance que son homologue musicien ; pourtant on retrouva sa misérable mansarde enduite de sa substance biologique répandue sur chaque parcelle de ses murs et de son plafond, comme s’il s’était libéré de quelque explosif intérieur. Quant à notre violeur de silence, il n’en est pas allé autrement. J’ai moi-même vérifié : dans le public nul auditeur n’était sourd, seulement n’écoutaient-ils que d’une oreille distraite, tout accaparés qu’ils étaient par leur félicité d’avoir trouvé de quoi se distraire de leur désœuvrement avec la prétention de veaux impotents tétant à la mamelle de cette vache malingre et inutile de culture.

Une œuvre cosmique mène un bon auditeur à l’annihilation//Francis Thievicz ©

news#0240

Le second tirage de La Pouponnière, recueil d’archives de la Saison 4, est enfin disponible pour les contributeurs du site toutes saisons confondues.
Vous avez écrit ou illustré des brèves, écrit des tweets ou participé au Prix Les deux Zeppelins ? Les commandes vous sont ouvertes au tarif de 14€ frais de port inclus pour la France et la Belgique. Il vous faudra pour cela prendre contact avec l’archiviste afin de finaliser la transaction (les2zeppelins[at]free.fr).
Ne tardez pas, à la fin de l’été il sera trop tard !
Plus d’informations sur le recueil par ici.


#0741.070719

Lorsque l’on parle de faits inexplicables, on pense en fait aux niaiseries habituelles : on emploie des termes que l’on ne pèse pas. C’est ainsi : l’humanité est si haut juchée sur sa fatuité qu’elle ignore qu’elle s’est érigée vers un firmament troglodyte, qu’elle a la tête dans une moisissure fongique l’empêchant d’y voir, de penser et d’entendre.
Ce dont je fus témoin, lors de ce terrible automne 1899, voilà qui fut inexplicable.
Je m’étais laissé aller à cette heureuse humeur mélancolique qui nous gagne lorsque nous nous perdons volontairement dans ces bois aux sentiers camouflés sous les feuilles mortes, le soleil filtrant par les prismes des frondaisons moribondes… Pourtant ce n’était pas une rêverie, ce lieu dans lequel j’évoluais, malgré ce vieillard chauve et seulement vêtu de lourdes chaines passées au cou, était bien réel.
Lorsqu’il me croisa, sans un mot, il mordit sa lèvre inférieure avec sa gencive édentée en tâtant mon cou avant de pester et fouiller les alentours. Interdit, je l’observai faire sans m’inquiéter plus avant. Puis, tout à coup, il saisit mon col en passant près de moi et m’invita avec force jérémiades inarticulées à le suivre.
Par Jésus, patron des fous, jamais on ne pourra concevoir comment fut érigée cette bâtisse composée de lichens, de bois pourris, de mousses diverses, de poussières minérales amalgamées à de la boue. Il était cependant vaste, son asile. Il ouvrit un coffret primitif et en sortit une tête de cerf au crâne duquel ne pendaient que lambeaux et une manière de langue. Il l’interrogea, l’invectiva, le porta à ce qui restait de son oreille, et le jeta à terre avant de le briser à coup de marteau de silex lorsque l’animal voulut lui laper les tympans. Renversant, heurtant, il détruisit tout chez lui, tentant cependant de m’inciter à lui prêter main forte pour trouver, je crois, une tête humaine.
Lorsqu’il se mit à marmonner des imprécations, que des flammes se mirent à flotter dans les airs et que d’émétiques remugles s’échappèrent du sol duquel paraissaient vouloir s’exhumer des choses, je pris la fuite.
Voilà ! Voilà ce qui est inexplicable ! Je n’ai aucune idée de qui il était ni de ce qu’il faisait, comment et pourquoi j’ai été témoin de ces prodiges, quelle en fut la conclusion… Rien. Je ne peux rien expliquer.
S’il vous arrive de discuter, pensez-y, choisissez scrupuleusement vos mots. Et si un mystère vient à poindre dans les idées échangées, n’évoquez l’inexplicable que si ça l’est réellement.

Inexplicable//Francis Thievicz ©

#0740.040619

Deux nègres en livrée nous accueillirent en fendant leur visage d’un grotesque sourire. A l’intérieur, du marbre, des dorures sur carton, du rococo et des tableaux placés avec un effarant dénuement de raison. Une vaste et imposante bibliothèque permettait de prendre la mesure de l’esprit des propriétaires ; s’y côtoyaient de ces livres reliés achetés au kilo pour leur dos luxueux, d’ineptes encyclopédies et de petites dédicaces du pape, de Freud, des signatures d’artistes futuristes italiens et russes, et même un faux manuscrit de Rousseau ainsi que le portrait d’un homme se nommant Shakepear (je recopie à la lettre). Tout ici respirait une fastueuse médiocrité qui m’aurait, en d’autres circonstances, fait hurler ou craquer une allumette salvatrice. 
Nous installâmes nos candélabres, la table et les chaises, ainsi que les encensoirs.  
Lorsque la nuit tomba, le couple entra précédé des deux nègres dénudés, une grande croix blanche marquée à la craie sur leur torse. Le mari, sans piper mot, prit place en nous ignorant, m’obligeant à tirer la chaise de la chose neurasthénique et ridée lui faisant office d’épouse. 
Tout se passa ainsi que nous nous y attendions : les esprits répondirent à leurs questions, les flammes battirent des rythmes assez éloquents pour que les nègres s’enfuissent, la table tourna, des objets se renversèrent.
 » Vous êtes ventriloque ! tonna l’homme jusqu’ici circonspect. Vous usez de fils diablement solides mais invisibles. Vos mécaniques sont si bien huilées que nous ne les avons même pas entendues grincer. Bravo. Chérie, applaudissez ces escrocs. 
— Bravo, reprit l’épouse en battant des mains avec léthargie.  
— 1000 £ et vous me laissez tout ce bazar et le droit d’en user à ma guise, proposa le maître des lieux.  » 
Nous conclûmes le marché, comme je l’avais prévu. 
Ils m’ont proposé 2000 £ pour reprendre mes accessoires et autant pour conjurer la malédiction dont leur propriété est désormais affligée. Je ne suis pas dans le besoin, j’ai refusé : qu’ils aillent se payer un esprit critique un peu plus valable et la réédition d’un bon vieux grimoire médiéval !

Malédiction de foire//Francis Thievicz ©

#0736.060419

« Courage, vous aurez toujours l’ami que je suis. »
Vaines paroles adressées au condamné porté en offrande vers le gouffre sacrificiel.  
« Est-ce donc au bon dieu que ma vie est offerte ?  
— Il n’est ni bon ni mauvais dieu, puisqu’il n’en est aucun.
— Mais alors pourquoi ?
— Parce qu’ainsi va le cours des choses : elles s’effondrent, et nous ne pouvons que les suivre. 
— Absurde ! 
— Absurde… Vous apprendrez la signification de ce mot lorsque vous serez à destination.  
— Où ? Où donc ?  
— En un monde où l’on peut aller partout, au sein d’un espace étriqué où il n’y a plus rien à voir nulle part grâce aux efforts des honorables autochtones. 
— Quel intérêt alors de s’y mouvoir ?  
— Tromper son désœuvrement, brasser son temps afin de ne pas avoir à se faire face, dépenser le fruit de son labeur.  
— Labeur ?  
— Ah ! Vous comprendrez lorsqu’il sera temps. 
— Je peux continuer mon existence ici comme naguère, je n’y dérange personne en restant dans mes intérieurs infinis… Je peux me nourrir de mes propres rêves, m’abreuver à la source des éclats stellaires, je peux me reposer sur l’idéal, je peux discuter avec les songes, je peux m’élever jusqu’à l’éthéré absolu… Et je peux revenir ici à tout moment : qu’il me suffise de sublimer ma volonté et… 
— Silence, ou ce sera le mot fou que, tôt, vous apprendrez. Abandonnez vos valeurs déjà obsolètes.  
— Fou ?  
— N’ayez crainte, je suis avec vous dans cette épreuve et le resterai ensuite.  
— Vraiment ! 
— Non. Je désirais simplement vous enseigner une nouvelle valeur qui vous sera utile avant que vous ne soyez précipité dans un corps. 
— Un corps ? »

Un souvenir qui m’est revenu lors d’un rêve//Francis Thievicz ©

#0735.030319

Il en était à cet instant précis, fulgurant et imprévisible de constats effroyables que ses yeux étaient trop ouverts pour ignorer la laideur du monde et sa vue trop peu acérée pour y déceler du mystère, sa logique trop développée pour avoir foi en un dieu ami mais pas assez extrême pour gravir les cimes de la folie, son inspiration trop grande pour se laisser pénétrer par les atmosphères extérieures mais trop étriquée pour le faire devenir décent démiurge de quoi que ce soit, sa mâchoire était trop puissante pour ne pas broyer ce qu’on lui donnerait à mâcher et trop frêle pour faire de lui un cynique, sa conscience de la vacuité du monde trop prégnante pour l’ignorer mais pas assez absolue pour en jouir et se soustraire aux leurres manichéens, etc. Il était trop équilibré, trop pondéré, aucun chaos ne pouvait naître en lui, aucune étincelle ne le ferait imploser, nul augure ne se révélerait sur l’horizon monotone de sa destinée, etc.
Ainsi songea-t-il, assis sur un rocher au milieu de cette chose anodine que nous nommons notre monde.  
Il se figurait être un naufragé cosmique sans planète ni étoile sur laquelle échouer, si ceint de vide qu’il enviait le sort de ceux qui furent précipités dans des oubliettes ou ferrés dans des galères à destination du bagne ; eux avaient du concret, eux avaient une situation, eux qui avaient un calvaire à supporter, un défi à relever, etc.  
Dans cette vaste mascarade, il n’avait pas sa place parmi les spectateurs car il remarquait l’artificialité des décors et les poses affectées de tous ces acteurs dont il ne pouvait imiter l’art frauduleux ; et même parmi les accessoiristes il n’aurait pu servir, prostré qu’il était, les mains plaquées contre les oreilles sous les assauts des stridulations de ce grotesque opéra, la patience du guichetier, la servilité des femmes de ménage, etc, il n’avait de place nulle part sinon dehors.  
Pourtant il dut réussir à atteindre un certain but, du moins peut-on le supposer à observer le rictus dont est orné son cadavre. Si l’on ausculte sa poitrine, l’on y décèle un grincement cardiaque et des tintements pulmonaires, bien qu’il soit décédé depuis des décennies, momifié et aussi inerte que son siège… 

Vous avez déjà dû le croiser, ce roc confondu au roc, et qu’on nomme Etc parce qu’il y en aurait encore à dire, mais peut-être êtes-vous trop aveugle pour l’avoir remarqué… 

L’histoire du roc Etc confondu au roc//Francis Thievicz ©