#0751.120521

« Vous ne me ferez pas croire, amiko mia, que ces ouvrages sont d’un intérêt notable. 
– Et pourquoi ne le seraient-il pas ? 
– C’est qu’ils fleurent l’antique à plein nez ! Ne sentez-vous pas cette entropie qui les ronge ? Ne voyez-vous pas que poussière et humidité cohabitent au plus profond de leurs fibres ? De quel atavisme obscène sont-ils frappés ? Je vous le demande ! 
– Eh bien, mon cher… que vous arrive-t-il ? Souhaitez-vous que nous n’embarquions plus que des nouveau-nés aux derrières luisants et à l’encre fraîche ? Vous qui, il y a peu, refusiez de visionner un kinétoscope sous prétexte de modernisme électrique ! Eh bien sachez que cette biblomobile fait vivre ces ouvrages, qu’elle endigue cette entropie que vous évoquez bien maladroitement. Car chacun d’entre eux est tout ce qu’il y a de plus vivant, chacun renferme une histoire autre que la raconterie qui noircit ses pages, une histoire que vos jeunets n’ont pas entamée et dont peut-être, au détour d’une page, un collembole daignera vous entretenir. 
– Oh ! Vi pravas, mon cher, je crois que je commence à comprendre… »

Du mûrissement des opuscules//Sylvain-René de la Verdière ©