série#07SDT.21

Processed with MOLDIV

   Dans lequel on vérifie qu’un complot, ce n’est pas de la tarte !

« Parfois, les coups d’État commencent dans les cuisines ». Fort de ces paroles, le Ténébreux décréta que son domestique était ce qui approchait le plus d’un saucier dans le groupe de conspirateurs. L’acolyte fut délégué avec la mission secrète d’ouvrir les portes de la forteresse par l’entrée des fournisseurs. Il tenta de s’acquitter à la fois de son labeur et de sa couverture, redoutant les colères des chefs, et les algarades des commis, explorant vainement une possible voie d’infiltration. Las ! Pas un moment ne lui était accordé. Hors les impératifs du service, ses seules libertés se résumaient à la fréquentation du dortoir et les repas pris en commun. De ceux-là, et malgré sa répugnance à manquer un dîner, il médita de s’absenter de table pour se livrer à son activité occulte. Encore fallait-il se sustenter en prévision de cette disette momentanée. Ainsi, se résolut-il à profiter du repas du personnel pendant quelques jours. Il se trouvait que les plats étaient les équivalents exacts de ce qui était servi au château, la cuisine étant devenue experte à gruger l’économat — trait universel, mais où ledit économat, pas si dupe, participait aux bombances. Le domestique s’attabla, par exemple, pour les plats suivants :

Doigt d’aurêtre en gelée
Museau d’orcanidé au safran
Pattes de gwarl rissolées au piment de Vâr
Steak de camélide dans son lit de sel rouge, avec sa garniture de lichen
Riz pourpre et purée de fourmis cendrée du Serghestan
Foie de camélide flambé à la liqueur de Bidra
Fricassée d’esclave de Cnide
(espèce rare de rat cavernicole)
Fruits de Shangar confits
Fruit de Ferenor givré
Vin à volonté
etc.

Il s’accoutuma à cette dévoration quotidienne et insatiable, si nécessaire à alimenter l’énergie déployée à confectionner des plats prestigieux.
Et ce fut ainsi que le domestique, gros, gras, lymphatique, fit avorter le complot, se fit renvoyer de la cuisine et sévèrement sermonné par le Ténébreux pour son impéritie. Il s’en moquait. Il n’avait pas fini sa digestion…

Saga du Ténébreux : épisode 21//Yves Letort ©
Illustration//Férid Khalifat ©

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :