série#02LAL.091

Bob avait passé plusieurs mois galactiques dans l’espace à la poursuite de la flotte d’Aléazar, le fils d’Anévrine, la fille du consul Galazar, maintenant défunte. Il arriva à la fin de tous les univers, aux frontières du mur à ultra ondes, et il passa du côté de l’ancienne Fédération qui se nommait maintenant le Consulat. La guerre totale avait eu lieu quelques semaines auparavant. Le Consulat avait perdu, la frontière était ouverte et l’immense flotte d’Aléazar avait passé le dernier rempart et elle volait vers la capitale consulaire, Sinisine24. Pourtant, les biologiques n’avaient pas passé le sas de décompression obligatoire qui permettait à leur organisme de supporter le changement de pression qui existait entre les deux univers, sas que Bob avait subi durant ses trois jours d’attente dans le trou noir d’Argon et qui permettait aux tissus cellulaires, mais aussi aux atomes de toutes les parties métalliques de transmuter d’un plan de réalité à un autre, et ensuite de passer d’un monde à l’autre sans le moindre problème.

De fait, ils implosèrent tous les uns après les autres. Quant aux mécaniques, ils tombèrent en panne eux aussi pour la même raison : leurs divers membres, remplis d’huile et de liquides divers qui servaient à leur bon fonctionnement, explosèrent et court-circuitèrent tout leur environnement système. Les vaisseaux d’acier de l’invincible armada, quant à eux, se transformèrent en minéraux et toute la flotte devint inexorablement un champ de météorites, cimetière d’une civilisation défunte.

Bob rattrapa les vaisseaux, repéra le plus imposant comme étant celui d’Aléazar et l’ouvrit avec beaucoup de difficultés car il avait commencé sa mutation en roche cristalline. Il s’était silicifié. Bob retrouva le fils de la consule. Son métal squelette était couché sur le sol où il s’était mis en mode pause définitive. Il avait eu le temps, avant d’être complètement immobilisé dans une mort certaine, de graver avec l’un de ses doigts d’acier sur le sol de son vaisseau princier : « Pas maintenant, pas comme ça » tout comme sa mère.

Les Archives Lumière 1.41//Francis Péhot ©

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série#08ETB.10

Amon et Spectre se tiennent côte à côte devant la baie panoramique du salon VIP. La surface en nuance de violet, bleu et jaune de Benthlam occupe la moitié gauche de l’horizon tandis que le « Nuage d’Oort », l’élégant yacht de ELO®, achève ses préparatifs d’appareillage.
Le courtier a insisté pour l’accompagner. Sûrement dans l’espoir de la convaincre de renoncer à son projet. A sa grande surprise, il a tenu ses engagements. Elle possède une holo-ID avec un compte créditeur à six zéro et des dividendes qui la mettent à l’abri du besoin pour les deux cent prochaines années. Dans leurs dos les holovids relaient en boucle les conjectures concernant l’explosion qui a rasé l’arcologie de Maas Biolabs®.
— Vous savez. Vous n’êtes pas obligée de faire ça. Partir n’est peut-être pas la meilleure option.
— Je sais mais j’ai trop de mauvais souvenirs ici.
— Dommage vos compétences me seraient très utiles.
Spectre ne répond pas. Elle maudit sa mémoire holographique et les souvenirs indélébiles des substitués qui viennent hanter son sommeil. L’hôtesse virtuelle sort de sa veille prolongée et annonce l’embarquement de son vol. Le reflet de Rose, le visage débarrassé du marqueur fractal invalidant de la caste des répliquants, lui adresse un sourire triste.
— Son code génétique est unique et il y en a déjà eu trois avant le vôtre. D’ailleurs j’attends mon nouvel exemplaire.
Elle chasse de son esprit la vision de Amon agonisant avec le larynx broyé. Sa police d’assurance réveillerait un clone dans la seconde et elle purgerait une peine de recompilation à durée indéterminée pour assassinat d’un haut dignitaire. Or le sacrifice de Limier exige d’elle un comportement exemplaire. Alors, contre toute attente, elle dépose un baiser léger comme le battement d’aile d’un papillon sur la joue glabre du trans-humain avant de s’engouffrer dans le sas qui mène au vaisseau. L’air surpris et embarrassé du morpho vaut tout l’élément zéro de la Fédération.

Étoile binaire 10 : Rédemption//Paul Fichtre ©

série#02LAL.090

Ce mécanique voleur de bérium était la chose d’Anévrine la consule. Bob, inconnu de l’une et de l’autre, s’introduisit au palais royal et offrit ses services en se présentant comme un mercenaire à la recherche d’un contrat. On lui fit passer nombre de tests qu’il réussit haut la main. Il fut admis au bout d’une semaine galactique dans le palais comme simple soldat. Au cours du temps, il grimpa les échelons au sein de la garde rapprochée du palais. Lorsqu’il put se trouver en présence de la reine Anévrine, puisque tel était son titre sur cette planète, il l’abattit avec son imploseur à ondes courtes. Avant que cette dernière ne s’éteigne définitivement, Bob s’approcha de son corps métallo-organique fumant et lui susurra à l’oreille qui il était et d’où il venait : « Vous êtes condamnée par la Fédération Galactique ». Cette dernière, dans un dernier râle, se retourna, le regarda et lui dit :
« Pas maintenant, pas comme ça ». Puis son four à bérium interne s’éteignit à jamais. Bob apprit ensuite que son fils, Aléazar, était parti avec une immense armada pour envahir la galaxie qui s’appelait maintenant le Consulat. Bob fit des recherches dans les archives locales et découvrit que la Fédération était morte depuis des millénaires, qu’elle avait laissé place à une dictature puis à un consulat et qu’il ne se trouvait même pas dans sa galaxie mais dans un monde parallèle. Il récupéra son vaisseau et décida de poursuivre le fils de la consule, de l’abattre, comme il avait abattu sa mère et de récupérer le bérium afin de le rendre à la Fédération en repassant par le trou noir qui lui avait permis de venir dans ce monde agraire. Mais Bob était seul contre la plus grande armée galactique jamais créée.

Les Archives Lumière 1.40//Francis Péhot ©

série#08ETB.09

Le morpho se ratatine un peu plus quand il aperçoit le détonateur thermique dans les mains de Limier. Spectre se métamorphose à nouveau en Rose pendant qu’il piège le corpo avec un dispositif homme mort.
— Comment faites-vous ?
— Comment je fais quoi ?
Limier pousse le trans-humain devant lui en maintenant le canon de son fusil d’éclaireur sur sa nuque et en le tenant de la main gauche pour s’en servir de bouclier. Spectre a récupéré le sac contenant l’antidote et les preuves incriminant Mass Biolabs®.
— Vous êtes gris. Je ne lis pas votre avenir.
— Aucune idée. Mais vous allez nous conduire jusqu’à votre navette suborbitale.
— Ils ne vous laisseront pas décoller.
— C’est ce qu’on verra. Avancez !
Des agents de sécurité en armure de combat occupent les deux côtés du corridor. Les télémètres de leurs armes agacent les combinaisons furtives des deux fugitifs. Quand ils détectent l’explosif capable de rayer le complexe de la surface de Benthlam, ils revoient leur stratégie à la baisse en les menaçant à une distance respectueuse. Ils parcourent des espaces désertés afin que la milice corporatiste génère un minimum de dommages collatéraux.
Le hall de l’astrogare prend des allures de théâtre improvisé où une chorégraphie mortelle se joue sur un air de déjà vue. Limier apprécie la brise légère dans ses cheveux, le doux parfum des fougères violettes, la beauté élégiaque de Rose que Spectre imite à la perfection et le calme olympien qui s’abat sur le tarmac à l’heure du jugement dernier.
Le revêtement auto-adaptatif noir et or de la navette réfracte la lueur matinale. Ascenseur bio-technologique automatisé vers une orbite salvatrice pour celle qu’il aurait voulu apprendre à mieux connaître. Les chiens de garde de la méta-corp entourent la piste où il jouera son dernier numéro.
Monte !
Elle hésite, les larmes inondent ses joues mais elle se rue dans l’habitacle. Bien. Le souffle des propulseurs le force à se courber. Sa vie n’a jamais été aussi savoureuse qu’au moment de l’explosion.

Étoile binaire 9 : Évasion//Paul Fichtre ©

série#02LAL.089

Bob Véga en conclut que s’il n’y avait aucune trace du consulat sur ce mécanisme et que ce dernier avait une aussi grande avance technologique, c’est qu’il venait du futur, ainsi que les pièces mécaniques qu’il avait rendues à la fédération qui comptait bien le juger pour crime contre la galaxie, meurtre d’un équipage, vol de vaisseau et de cargaison de bérium. Après de longues recherches concernant le deuxième mécanisme d’entretien sur lequel le mécanisme de la consule avait transféré ses dossiers systèmes, Bob repéra la balise. Ces appareils étaient tous équipés d’un système de repérage qui leur permettait d’être suivis dans toute la galaxie. A chaque fois qu’un nouveau monde était découvert, la fédération installait une antenne relais qui lui permettait de suivre tout ce qui lui appartenait, par rayonnement, de relais en relais. Bob put donc suivre le parcours que le mécanisme avait suivi dans sa fuite. Bob en vint à repérer un trou noir au fin fond de l’univers, près de la galaxie des Argons. Il en informa les conseillers fédéraux chargés de cette affaire.

Ces derniers lui demandèrent d’être volontaire pour suivre le mécanisme dans le trou noir de la galaxie des Argons et de le châtier au nom de la fédération ainsi que son ou ses commanditaires. En signant cet ordre, c’était l’arrêt de mort de Bob qu’ils ordonnaient. Ce dernier, en bon soldat, accepta.

Il prit un vaisseau ultra rapide et s’enfonça sans état d’âme dans le trou noir. Tous les appareils de commande du vaisseau s’arrêtèrent de fonctionner d’un coup et Bob se retrouva dans l’obscurité totale. Il fit une sortie pour effectuer une réparation mais rien n’y fit. Au bout de trois jours d’attente interminable, de nouvelles étoiles apparurent. Bob était sorti de son tunnel et il comprit qu’il n’était pas parvenu ailleurs car ses cartes galactiques indiquaient la même place, mais qu’il se trouvait dans une autre époque appartenant à une autre dimension. Il se posa sur la première planète habitée qu’il rencontra. Cet astre, Lorigan, était agraire et sans machines, sauf un téléporteur collectif. Bob laissa son vaisseau, utilisa le téléporteur local après autorisation des Loriganais qui lui indiquèrent les coordonnées de la planète la plus habitée : Médialane. C’est là qu’on lui parla après quelques jours galactiques d’enquête de la consule Anévrine et de son fidèle Mécaniseum que Bob reconnut immédiatement aux descriptions que lui en faisaient les Médialanites.

Les Archives Lumière 1.39//Francis Péhot ©

série#08ETB.08

Limier atteint une des grilles de ventilation de l’astrogare alors que la sécurité évacue Spectre sur une civière anti-grav. Il plonge dans ses souvenirs olfactifs de la liaison SimStim© pour retrouver l’odeur des vêtements du courtier. Quand il reprend sa reptation, un sourire carnassier retrousse ses lèvres.
La conscience de la métamorphe flotte quelque part entre la blancheur immaculée d’une chambre d’hôpital high-tech et le contact glacé du sol de l’astrogare. Une vague sensation de démangeaison due à la nano-reconstruction parcourt sa cuisse gauche. Puis un visage à l’amabilité perfide émerge de ce brouillard antalgique.
— Bien, si vous demandiez à votre partenaire de se rendre sans faire d’histoires.
— Ce…n’est…pas…mon…
Les muscles de sa mâchoire répondent avec une lenteur désespérante et le morpho qui l’a arrêté doit se pencher pour l’entendre. Grossière erreur de sa part. Elle saisit sa gorge pour le substituer. Au lieu de ça, elle se retrouve avec un disrupteur sur la tempe. La chaise sur laquelle il se tenait à califourchon une seconde avant est rangée et la présentatrice météo redonne la température du cycle en cours.
— Vous comprenez maintenant que votre tentative était vaine.
Son sourire d’holostar s’élargit.
Un putain de précog. Ce mec voit l’avenir. Il sait tout depuis le début mais alors pourquoi me demander de balancer Limier ?
— …partenaire.
— Quoi ?
— C’est un chien de chasse que mon commanditaire m’a flanqué pour éviter que je le double.
Limier observe la chambre à travers le faux-plafond. Le corpo braque une arme sur la tempe de Spectre. Il tire et le trans-humain contemple son moignon tranché sous le coude d’un air incrédule avant d’appeler à l’aide. Il en a profité pour laisser pendre son torse depuis le plafond pour abattre les gardes qui entrent. Puis il saute dans la pièce et saisit la métamorphe pour l’empêcher de substituer le morpho en arguant qu’il leur sera bien plus utile en tant qu’otage.

Étoile binaire 8 : Otage//Paul Fichtre ©

série#02LAL.088

La deuxième période avait été funeste pour la galaxie car des biologiques avaient tenté d’utiliser des énergies tirées des matières premières sans les maîtriser. Les archivistes avaient nommé cette période l’Âge de la Sorcellerie, car tous les biologiques qui avaient tenté de maîtriser l’énergie fossile étaient morts dans des circonstances abominables, entraînant dans leur chute tout leur entourage. La plupart d’entre eux étaient morts brûlés vifs. Il leur avait fallu des milliers d’années galactiques pour apprendre à gérer les diverses énergies fossiles, puis les fours à combustion et enfin le bérium qui avait fait passer la galaxie de la période de la sorcellerie à la fédération.

Depuis plusieurs siècles régnait une dictature sanglante sur toute la galaxie tenue d’une poigne de fer par les Kriptiens. Les archives de la Fédération Galactique regorgeaient de souvenirs de l’époque prospère où chaque monde faisait un peu ce qu’il voulait sans tenir compte de la présence des autres mondes et surtout de vaisseaux armés de la nouvelle classe dirigeante qui maintenant avait une infinité de patrouilles dans tous les espaces, même les plus reculés. Les anciens se rappelaient ce que leurs propres anciens leur avaient raconté concernant les jours fastes de la Fédération Galactique. Ils savaient pertinemment que lorsqu’ils décidaient quelque chose, leurs dirigeants fédéraux acceptaient de le mettre en place immédiatement. Ils avaient le droit de se réunir et de prendre en charge leur destin.

Depuis des siècles, ils étaient complètement livrés à eux-mêmes. En effet, ils n’avaient plus aucun droit. Les armées des nouveaux dirigeants kriptiens ne mettaient même pas de troupes d’occupation sur les planètes de l’ancienne Fédération Galactique. Ils se contentaient de patrouiller dans les espaces stellaires et attaquaient de temps en temps une planète rebelle afin de montrer aux autres ce qui leur arriverait s’ils ne rentraient pas dans le cadre de la nouvelle alliance qui en fait s’avérait être une dictature. Ils envahissaient la planète, asservissaient la population, confisquaient tous les moyens de production et laissaient la planète exsangue, quand ils ne la faisaient pas tout simplement sauter.

Les Archives Lumière 1.38//Francis Péhot ©