#0726.101018

Comme en maintes histoires authentiques, la cause de ce drame fut une femme, l’une de ces dégénérées charriant leur goétie atavique à même leur infernal sexe : même si leurs intentions sont louables, elles ne sèment qu’horreurs et vésanies.
Mon épouse avait trouvé que le vitrail de la vieille chapelle attenante à notre demeure était absurde parce qu’il n’y filtrait aucune lumière. Lorsque je lui expliquai que nous ne pouvions percer d’ouverture parce qu’un mur porteur se trouvait derrière – et que cet inepte agrégat de débris de verres colorés n’était qu’un trompe-l’œil – elle ne voulut rien y entendre et exigea qu’une niche soit creusée pour y passer des cierges.
Que la damnation frappe éternellement les hommes et leur faiblesse de ployer face aux succubes comme ils ne sauraient ployer même sous la torture devant quiconque !
Sitôt la première flamme portée, des miasmes se répandirent dans toute la propriété, ce qui incita ma femme à faire brûler de l’encens pour je ne sais quel saint. De l’encens… Mais que peut l’encens contre les remugles infernaux charriés par la lumière elle-même ? Que peuvent quelques parfums contre les créatures nées des jeux de camaïeux blasphématoires, ces tentacules bariolés aussi grotesques que répugnants, ces écœurantes chimères éthérées, et toutes ces frénétiques apparitions frétillant en attendant quelque chasse sauvage ? Que peuvent les fragrances lorsque de sinistres martellements trahissent une œuvre rutilante impossible, une symphonie de rais creusant la réalité pour tirer de leur sommeil des démons oubliés, une cacophonie bourdonnante semblable à une foudre éternelle ? Que peuvent donc ces fumerolles complices des malfaisances y laissant trace de leurs reptations, nimbant les louvoyantes sanies et les purulences d’une obscène pudeur ?
Et désormais les rires… Ces émétiques éclats de rire !
« Si tu savais, murmure ma femme entre deux infâmes esclaffements, si tu savais combien rien n’est comme il paraît. La lumière est plus sombre désormais. »
J’ai verrouillé la porte lorsqu’elle s’est crevé les yeux. Qu’elle pourrisse désormais avec la vermine. Bientôt les cierges se seront consumés, bientôt tout se sera dilué dans l’obscurité.

Lucifuges 2//Vid Nichtakovitch Toth ©

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#0724.180918

Sous les pierres levées il n’y avait rien, mais à l’intérieur, lorsqu’elles se sont brisées… A l’intérieur : de sardoniques et placides lumières qui vous poissaient, des lumières dont vous ne pouviez vous débarrasser et qui vous collaient à l’âme.
Ils ne meurent pas. La vie n’est qu’un jeu pour eux, seulement une péripétie, un hoquet du chaos, une escarbille d’éon, eux pour lesquels le temps n’est qu’un anodin éclat.
Nous ne les avons pas tirés de leurs transes, de leurs voyages, de l’une de leurs existences. Ils sont pareils à des dieux placés devant des miroirs fragmentés, myriades sont leurs reflets, légion sont leurs incarnations, nuées sont les songes qu’ils produisent et dont ils naissent.
C’est l’un de leurs atomes que nous avons brisé, seulement la pâle lueur d’éblouissants néants fertiles.
Un seul de leur atome, sans pouvoir, sans venimosité, seulement sa monumentale vérité broyant toute forme de conscience. Seulement l’atome de l’un d’eux !
Nous n’avons qu’entrevu leurs monumentales dimensions, à peine aperçu leurs danses sur les reliefs au-delà du cosmos, et cela suffit à brûler nos âmes sur un nauséeux bûcher ; nous avons instinctivement fui sitôt les gluantes iridescences jaillissant des monolithes brisés, nous n’avons deviné que par les ombres projetées, mais ce furent des siècles et des siècles qui nous abîmèrent sous leurs suprêmes démesures, des savoirs éphémères mais infinis qui ont tendu la substance de nos esprits jusqu’à les déformer. Comprenez-vous ?
Parmi nous il y en eut pour s’arracher les yeux, d’autres pour claquer des dents jusqu’à se les briser, un autre usa de la barre qui nous servit de levier pour se percer la cage thoracique en hululant des cantiques aux ineffables impiétés.
En songe, lorsque ma volonté ne contraint plus ce qui infuse désormais en moi, je les revois, ces couloirs pareils à des crevasses aux parois plus hautes que le firmament, je les parcours sous les nébuleuses que sont leurs gestes, sous les vastes structures cosmiques que sont leurs voix.
Après cela on ne décèle que ténèbres en notre monde, on se dévore les lèvres lorsque l’on entend quiconque se targuer d’érudition, on expire de spleenétiques haleines en songeant à l’impossibilité d’avoir tout apex sous soi désormais, de seulement prétendre vivre et de n’avoir à admirer qu’en un impénétrable ailleurs.

Lucifuges 1//Vid Nichtakovitch Toth ©