#0742.090819

Vous avez nécessairement trouvé ce rouleau de parchemin dans une boîte en bronze, sous ce que vous prenez pour des pierres levées mais qui furent, jadis, des stèles de peuplades florales. Vous avez beau vous extasier de la beauté des ciselures, des bas-reliefs finement ouvragés, vous ne pouvez vous empêcher d’en soupeser le poids pour vous assurer qu’elle est bel et bien en or, vous y avez même enfoncé un ongle pour vous rendre compte que la pureté du métal est telle que votre geste y a laissé une empreinte. 
Lisant ceci, constant que l’encre est passée et que la feuille semble très ancienne, il me faut vous faire remarquer que vous ne vous êtes pas interrogé sur le fait que ce que vous lisez est écrit dans votre langue. 
Votre science ne justifie pas votre fatuité, vos certitudes restent inébranlables ; à tout ce qui touche aux sphères de l’âme et de la compréhension vous restez étranger, car un enchantement vous a saisi et déjà vous pensez aux hédonismes et aux concupiscences qui seront vôtres grâce à cette découverte. 
Que j’évoque la clairvoyance dont je suis porteur, les sacrifices nécessaires à ma vision, mes lointains aïeux fongiques dotés d’une esthétique contenue par toute l’espèce dans un orbe formant désormais votre soleil, ceux de ma race qui ont, après avoir visité les futurs, préféré se sublimer en minéraux plutôt que partager la tragique destinée de l’animalité et de la vie, que je narre tout ce qui ferait vaciller un organisme pourvu de conscience, rien ne saurait vous ôter le sommeil ni entraver votre entreprise de jouissance. Alors à quoi bon conter les stalagmites, fruits de songes opaques dissous, pavant les contrées toriques girant par-delà les frontières de votre univers, à quoi bon vous expliquer qu’une dimension n’étant ni le temps ni l’espace s’est dégradée jusqu’à moisir et enfanter un chaos dont notre peuple est la gangrène, à quoi bon évoquer votre négligeable place au sein de ce monde dans lequel vous n’êtes que les anodines duplications de sûreté d’un dessein aussi futile que vos vies ? Pourquoi ? Eh bien parce que vous devez faire ce que vous avez à faire, agir ainsi que vous devez agir, car bientôt le destinataire recevra ce qu’il doit recevoir et réagira en conséquence. 
Tout est déjà fini, rien ne peut altérer le cours des choses, seul cet alangui Temps doit achever son chemin.

Lucifuges 7 : Message en transit//Vid Nichtakovitch Toth © 

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