#0741.070719

Lorsque l’on parle de faits inexplicables, on pense en fait aux niaiseries habituelles : on emploie des termes que l’on ne pèse pas. C’est ainsi : l’humanité est si haut juchée sur sa fatuité qu’elle ignore qu’elle s’est érigée vers un firmament troglodyte, qu’elle a la tête dans une moisissure fongique l’empêchant d’y voir, de penser et d’entendre.
Ce dont je fus témoin, lors de ce terrible automne 1899, voilà qui fut inexplicable.
Je m’étais laissé aller à cette heureuse humeur mélancolique qui nous gagne lorsque nous nous perdons volontairement dans ces bois aux sentiers camouflés sous les feuilles mortes, le soleil filtrant par les prismes des frondaisons moribondes… Pourtant ce n’était pas une rêverie, ce lieu dans lequel j’évoluais, malgré ce vieillard chauve et seulement vêtu de lourdes chaines passées au cou, était bien réel.
Lorsqu’il me croisa, sans un mot, il mordit sa lèvre inférieure avec sa gencive édentée en tâtant mon cou avant de pester et fouiller les alentours. Interdit, je l’observai faire sans m’inquiéter plus avant. Puis, tout à coup, il saisit mon col en passant près de moi et m’invita avec force jérémiades inarticulées à le suivre.
Par Jésus, patron des fous, jamais on ne pourra concevoir comment fut érigée cette bâtisse composée de lichens, de bois pourris, de mousses diverses, de poussières minérales amalgamées à de la boue. Il était cependant vaste, son asile. Il ouvrit un coffret primitif et en sortit une tête de cerf au crâne duquel ne pendaient que lambeaux et une manière de langue. Il l’interrogea, l’invectiva, le porta à ce qui restait de son oreille, et le jeta à terre avant de le briser à coup de marteau de silex lorsque l’animal voulut lui laper les tympans. Renversant, heurtant, il détruisit tout chez lui, tentant cependant de m’inciter à lui prêter main forte pour trouver, je crois, une tête humaine.
Lorsqu’il se mit à marmonner des imprécations, que des flammes se mirent à flotter dans les airs et que d’émétiques remugles s’échappèrent du sol duquel paraissaient vouloir s’exhumer des choses, je pris la fuite.
Voilà ! Voilà ce qui est inexplicable ! Je n’ai aucune idée de qui il était ni de ce qu’il faisait, comment et pourquoi j’ai été témoin de ces prodiges, quelle en fut la conclusion… Rien. Je ne peux rien expliquer.
S’il vous arrive de discuter, pensez-y, choisissez scrupuleusement vos mots. Et si un mystère vient à poindre dans les idées échangées, n’évoquez l’inexplicable que si ça l’est réellement.

Inexplicable//Francis Thievicz ©

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