#0734.020219

L’auteur de cette vésanie poétique intitulée Nulle onde dans la danse de Kali, je l’ai rencontré, après qu’il m’eut adressé sa fantaisie afin que je la relise et la transmette aux Deux Zeppelins. Damnation, un magnifique cadavre que le sien ! Comme il vivait seul – on s’en doute – personne ne s’était inquiété de sa disparition.
Les chancres purulents déformant sa physionomie sous ses vêtements rongés par les sanies suppurant de l’absolue abjection qu’était sa dépouille m’invitèrent à un examen attentif.
Ses yeux pareils à des abcès gluants plus noirs que l’onyx, son crâne fendu de l’intérieur tel un vase percé par des bulbes libérant des fleurs de verrues phosphorescentes, la matière cérébrale émulsionnée en mousse onctueuse et nacrée bouillonnant lorsque le rayon de ma lampe la frappait, et ce parfum métallique pareil à celui qui voisine la foudre lorsqu’elle s’abat sur la cime chauve d’une montagne. Au moins était-ce un homme qui n’avait pas péri pour rien.
Sinon cette merveille d’insolite décomposition, nul fait remarquable. Pourtant si je me permets d’ajouter au récit incohérent mais pathétique, ce n’est pas seulement dans un dessein esthétiquement morbide, mais aussi parce que j’ai trouvé une manière de conclusion écrite par l’illuminé esseulé.
A part quelques citations du poète Ramprasad (que j’ai éliminées du récit), le texte serait désormais complet :

Tout est écho d’écho, tout est lumières de ténèbres, tout est résurgence d’étincelant néant. Ne prêtez pas attention aux prophètes dévoyés, aux dévots des ombres ni aux idoles dorées : l’ultime ascèse ne consiste nullement en une conscience ni en des génuflexions ni en des baignades ou quelque abstinence que ce soit. Il faut se libérer de tout ce qui difracte notre lumière intérieure, de tout ce qui endigue les courants flamboyants s’épanchant des fontaines de l’univers infini replié sur le cosmos, il faut inciser ces prismes que sont nos âmes pour laisser croître ce qui y est prostré et y suffoque, blême, blafard, moribond.
Plus rien ne peut m’atteindre, je me suis extrait des vibrations. Je serais prêt à tout endurer, si du moins il existait encore quelque chose.

Ce furent donc les derniers écrits de l’homme avant sa transformation en cette grotesque masse informe. Pour le reste, je ne peux davantage vous informer, j’ai déjà bien assez de problèmes avec les autorités pour m’encombrer de ce genre de tracas.

Lucifuges 6 : Ultime ascèse//Vid Nichtakovitch Toth ©

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