#0731.061218

J’aimerais vous faire part très succinctement d’une coutume que j’ai découverte lors de mon voyage au Tirkstan ; je pense que vous en apprécierez l’exotique raffinement.

Dans une arène de marbre ceinte de gradins remplis de spectateurs de tous âges, entrent les deux plus belles femmes du pays. Leurs gestes sensuels et leurs parfums suffisent déjà à exciter admiration et jalousie, mais lorsqu’elles commencent à danser en tournoyant vers le public, posant leur regard d’émeraude souligné de khôl sur chacun et chacune, une insane frénésie gagne alors le cœur de tous.
Ensuite pénètrent deux molosses, de massifs mâtins pareils à de nobles cane corso ayant triplé de volume. Alors les princesses fuient l’attention que leur réclame le public pour aller faire tinter leurs grelots à destination des dogues dont on dirait que l’on a aiguisé les crocs.
Quelque chose de malsain et de révoltant se passe ensuite lorsque les demoiselles s’effondrent au sol parmi leurs soieries, hurlant d’extase et de terreur cependant que les monstres canins aboient, hurlent et menacent. Dans le public, déjà, l’on a commencé à s’arracher les cheveux, la barbe, les vêtements, on se griffe et on se mord de frustration de ne pouvoir porter secours – car tout le monde est ferré à son banc.
Dès que le premier sang féminin a perlé au sol, des lames se mettent au clair et brillent dans la foule. On se mutile, on maudit, on invoque des dieux oubliés, inconnus ou inventés, on s’énuclée, on se brise les membres ; les dames se percent avec leurs aiguilles, les enfants s’amputent de leurs doigts avec leurs dents de lait. Une démonstration de macérations comme on n’en a rarement vu même dans les cellules des plus parfaits martyrs.
Le sang se mêle au sang, aux chairs et aux cheveux, les hurlements aux cris, et, dans un chaos de souffrances extatiques, certains se donnent la mort cependant que d’autres s’écorchent au knout.
Un cul-de-jatte à la peau parcheminée de symboles mystiques rampe jusqu’aux femmes lorsque l’une d’elles semble avoir été abandonnée par la vie. Quand la mort a été déclarée, la survivante doit désigner celui qui, dans le public, aura été le moins zélé ; il sera jeté dans le grand jardin servant de domaine aux chiens et leur servira de pitance jusqu’à la prochaine représentation. La défunte, elle, sera momifiée et inhumée dans la crypte où l’on peut passer une nuit en échange de trois litres de son propre sang qui seront versés dans un puits réservé à l’adoration d’une déesse au nom secret.

Tradition du Tirkstan//Francis Thievicz ©

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