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Le voyageur n’est pas sans savoir que les coutumes de certaines contrées peuvent parfois laisser pour le moins pantois : l’inhumation céleste tibétaine, le rite initiatique des Wayana par les Paraponeras, les pratiques nécrophages des Aghoris… De tout cela l’explorateur souhaite être témoin, pour pouvoir rapporter à ses misérables semblables de quoi se gausser et se flatter.
Lorsque j’accompagnai ces deux Anglais à chapeaux coloniaux, en shorts et en chaussettes, je ne les aurais pas crus capables d’observer les Shaavnias porter en triomphe leur chef, lui faire subir l’offrande des crachats, lui percer les yeux et le jeter dans la cavité. Lorsque le sacrifié se mit à rire, à lancer des cris lubriques, à hurler de plaisir, j’expliquai aux deux touristes que tout ceci était l’accomplissement d’une vie d’abnégation au service de sa tribu, que leur religion leur laissait croire qu’ainsi le chef parviendrait à une manière d’extase qui le porterait en une sorte de Valhalla duquel il continuerait à veiller sur ses concitoyens.
Évidemment ceux aux yeux bleus et à la peau rougie par le soleil se glissèrent la nuit venue dans l’antre maudit. Lorsque je remarquai leur absence, je me précipitai au gouffre et leur jetai une corde que je leur ordonnai de saisir.
« Délices, extases sensuelles débridées, supplices de concupiscences hallucinées, caresses outrageusement subtiles livrant l’âme à une parfaite béatitude… »
Ils continuèrent ainsi en entrecoupant leurs paroles d’indécentes jouissances sonores.
Quand je réussis, par des mouvements de corde, à enrouler leurs membres et à les extirper de ce piège, je découvris deux corps gélatineux, aux tissus transformés en matières visqueuses et translucides laissant apparaître os et organes. Ils continuaient à se pâmer de plaisir et à décrire des délectations chimériques, leurs yeux et leurs grimaces trahissant tout l’inverse. Derrière leur crâne, à même leur cervelle, étaient fichée une myriade de tentacules plongeant dans les ténèbres interdites d’où un rugissement rauque et sardonique jaillit comme pour nous intimer l’ordre de lui rendre ses proies.

Rite shaavniais//Francis Thievicz ©

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