#0680.090718

Parce que notre gang regroupe le plus de membres, nous devons rester sur nos gardes, occuper le terrain, faire valoir la loi du territoire. Tous s’inclinent à notre passage, tous nous respectent, nous, nos couleurs et nos armes, et s’il en est qui se rebellent, nous le kidnappons et le séquestrons dans l’une de nos caves. Sans ça, imaginez un peu l’anarchie !
On nous avait appelés pour une affaire de trublion dans un parc. Les gens restaient tous à bonne distance de l’énergumène, comme fascinés par lui. Il parlait à une statue, aux pigeons, aux cailloux, aux brins d’herbes. Les dégénérés qui se droguent au lieu de boire quelques coups dans la légalité, ça nous connaît, mais, lui, il ne paraissait pas avoir consommé.
Tandis que nous nous approchions, je ressentis un étrange sentiment que mon collègue exprima ainsi :  » J’le connais. Mais d’où ?  » Ce qu’il n’osait pas faire c’était d’avouer qu’il l’avait déjà vu en songe, comme moi et comme tout le monde. Ce personnage sans traits bien distincts, sans détail, mais dont on sait qui il est sans pour autant pouvoir lui donner une identité.
Un jeune garçonnet s’approcha de lui pour lui dire « Comment tu es sorti de mon rêve ? ». Ce à quoi l’intriguant personnage répondit : « Ah ! Les petits singes imberbes parlent eux aussi. Je me suis égaré et je cherche le chemin pour retourner chez moi. »
J’ignore si c’est parce qu’il nous traitait tous de singes qu’on le rossa, mais nous nous y mîmes tous, civils comme policiers. Et, puisqu’il ne daigna hurler ni même couiner, nous dûmes bien cesser de lui apprendre que nous n’étions pas des animaux mais des humains.
Ce fut un bourgeois, l’un de ces dignes citoyens qui font marcher le commerce des liqueurs – et donc des paysans, des distilleries et des cafetiers – qui eut l’idée : « S’il vient des rêves, nous n’avons qu’à nous endormir et l’y enchaîner. » Suite à quoi les matraques plurent sur les têtes avant que je ne m’assommasse moi-même.
Cette affaire dont vous faites grands bruits dans les articles de vos journaux, c’est parce que vous y étiez pas ! Grâce à nous un étranger égaré est rentré chez lui. On est des gens d’ordre et de paix, il n’y a pas eu de bavure.

Droit de réponse aux articles de journaux du 10 et 11 juin//Francis Thievicz ©

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