#0676.050718

On l’aurait pris pour un vieil aventurier, avec son visage couturé de cicatrises, son nez tors, sa peau tannée par des brûlures et des onguents douteux appliqués afin de soigner ses os maintes fois brisés, pourtant il n’avait pas plus de trente ans.
Je le rencontrai dans une taverne dans laquelle il s’arrêta pour commander un verre qu’il m’offrit pourvu que je jurasse de ne pas mettre au courant les autres clients.
« Vous avez l’air d’un bon gaillard prêt à en découdre, me glissa-t-il. Ici, c’est un bon endroit pour les voyageurs ; ils doivent être là, mêlés à la foule.
– Qui donc ?
– Eh bien, les voyageurs ! Ils visitent le coin avant de repartir. On les reconnaît à ce qu’ils ne parlent pas la langue et ont des visages bizarres.
– Certes, comme tous ceux qui viennent de loin.
– Ne vous méprenez pas : ils ne sont pas comme nous.
– C’est parce que nous ne sommes pas comme eux qu’ils trouvent un intérêt à faire le trajet.
– Ils évitent la bagarre.
– Les touristes l’évitent souvent pour ne pas risquer de passer leurs vacances alités.
– Vous me faites rire : ils n’iraient pas à l’hôpital car on ne pourrait les y soigner, on saurait qui ils sont en réalité.
« C’est la mission que je me suis donnée : les débusquer.
– Allons mon gars, vous avez abusé de la boisson.
– Je dois rester à jeun pour la rosse que je vais leur donner.
– Trouvez-vous mieux à faire que le combat. Vous pouvez par exemple… »
Mais je n’eus pas fini qu’il se leva, cracha dans le verre de deux asiatiques dont les faces jaunâtres ne trahirent pas la moindre expression. Ils s’inclinèrent comme pour excuser le geste du malotru, mais celui-ci réitéra son insolence pour le même résultat. Alors il saisit une chaise qu’il abattit sur l’un des bridés avant de s’armer d’un pichet de vin qui se fracassa sur l’autre.
Les deux orientaux restèrent imperturbables, sobres, sans réplique, espérant que la rage de leur assaillant se dissiperait comme se perd le vent dans les bambous.
Trois minutes plus tard ils gisaient au sol, leur masque de cire écrabouillé, leur peau grise et gluante nue, leurs tentacules amputés, bientôt morts.
Depuis, moi aussi je fais la tournée des tavernes en quête de timorés peu expressifs pour les rosser et les écorcher, ces sales étrangers.

Ces sales étrangers//Francis Thievicz ©

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