#0655.140618

On prétend que c’était le fruit consanguin des cousins S. et L. dont les deux natures romantiques trouvèrent leur pinacle en cet enfant à la nature fragile qu’il avait fallu reclure chez une nourrice clandestine et acariâtre ne supportant pas la manière dont il pleurait en sifflant. Elle trouva qu’il serait moins pénible de l’endurer sous l’auspice sylvestre : ses jérémiades ainsi couvertes par les chants des oiseaux, son affliction innée s’effaçait dans le tumulte de la nature.
Son précepteur dut plusieurs fois porter en autodafé de merveilleux recueils de poésies tragiques que l’engeance maudite composa avant l’âge de quatorze ans ; des textes symboliques chargés d’une frénésie pure et de fantaisies à la fois naïves et terribles.
La première fois qu’il osa raser sa gorge d’hémophile mit fin à son existence de langueur éthérée.
Sous l’inspiration d’une cruelle ironie, sa nourrice ôta la tête de son petit cercueil et la planta dans un bosquet en lui crachant qu’elle lui souhaitait de siffler comme ses seuls amis qui ne font que jacasser et piaffer.
L’année suivante, elle revint vérifier où en était la décomposition de celui qui lui avait pourtant offert un bon emploi bien rémunéré et fort aisé, mais elle ne trouva qu’un orbe osseux renversé et sculpté de bas-reliefs qu’avaient patiemment taillés les merles, les mésanges et les huppes, avant d’y pondre un œuf chacune et les couver à tour de rôle.
Puis, sitôt les oisillons envolés, le crâne se mit à siffler des airs rythmés et étranges, comme autant de poésies inconnues et féériques, laissant chacune de ses cavités oculaires, chaque mois, faire spontanément venir au monde un nouvel oiseau.
Certes, c’est une belle histoire, un peu niaise mais charmante, pourtant elle est mensongère : tout est à peu près vrai jusqu’au passage des oiseaux tailleurs. C’étaient des rats qui avaient rongé le crâne, et tous les ans de petits serpents et des sangsues et des asticots saillaient des porosités osseuses pour souiller les sous-bois et dévorer œufs et oisillons. Mais ça reste une belle petite histoire…

Le crâne sculpté//Francis Thievicz ©

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