#0653.120618

Si vous l’aviez croisé dans sa vingtaine, ce qui me paraît fort improbable, vous auriez rencontré un jeune homme absolument abîmé dans ses songes, habitant des landes fantastiques, hanté par des personnages à l’intelligence insolite, fertile en merveilles bizarres et en poésies célestes.
Peut-être songez-vous qu’il y a là quelque ressemblance avec vous ? Vous qui grattez un peu d’onirisme avant de courir parmi vos congénères afin de sacrifier à quelque rite social inepte, vous qui prétextez le besoin de vous nourrir, vous vêtir, vous loger, pour rompre votre liberté et vous souiller d’emplois que vous finirez par intégrer à votre vie et à votre personnalité, vous qui aspirez à obtenir aussi bien ou mieux que votre voisin, vous qui ne savez enfanter d’étoile dansante, vous qui vous intéressez à cette société composée de hordes de dégénérés dans votre genre.
Non, vous n’avez rien à voir avec cet esprit voguant uniquement sur les ondes imaginaires qui était pris de nausées au contact de la réalité, qui se sentait pris d’un vertige dès lors qu’un humain prenait la parole en sa présence, qui n’avait cure de tout ce que vous réfutez chérir mais qui absorbe néanmoins vos pensées jusqu’à vos rêves ensommeillés.
La nécessité de divorcer de la réalité fut si prégnante en lui qu’il ourdit un certain dessein (certes, une manière de suicide, mais quel esprit un tant soit peu doté de raison ne l’envisage-t-il pas ?). Il arpenta certaines contrées de l’idéal où se fomentent les inventions les plus insensées qui soient, osa ramper quelques jours dans ce monde prosaïque qu’est le vôtre, et laissa derrière-lui une manière de chiffe de cuir de laquelle suppurait un ichor visqueux et répugnant qui doit ressembler à ce qui compose votre cervelle.
Et vous penserez qu’il est mort, qu’il a disparu, qu’il a quitté ce monde-ci… Vous pensez ainsi parce que vous êtes de lamentables sots, vous êtes la plèbe qu’il méprisait, cet esprit pur et éthéré : ce personnage sans nom, ce protagoniste anonyme dont il s’agit dans maints textes de littératures de l’imaginaire, c’est lui, lui, toujours lui et nul autre ! Et vous ne le reconnaissez pas, bande d’humains réels…

L’identité d’un personnage bien connu//Francis Thievicz ©

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