#0650.090618

Si désormais Stephen O’Caïrn est connu de tous, ne serait-ce qu’à travers les nombreuses expressions populaires employant son patronyme, on ne se souvient hélas pas assez de ses œuvres ni du fait que ce nom n’est qu’un pseudonyme.
En effet, dans les années 1880, il se brouilla avec lui-même pour une affaire de préexistence de la personnalité sur les idées*. Ainsi se sépara-t-il d’une partie de lui-même pour la laisser libre et se choisit-il un nom plus en accord avec ses opinions.
Après cela, il erra longtemps du côté des souvenirs de lieux inexistants, il visita aussi des peuplades chimériques et des contrées oniriques, si bien qu’on perd sa trace jusqu’aux ultimes vertiges de la fin-de-siècle, précipices décadents par lesquels il revint si changé qu’on ne le reconnut pas : il était parti brun, grand, manchot ; et il était revenu de taille moyenne, blond et avec deux mains. Si ce ne fut sa voix et ses baisers que reconnut une fiancée de jeunesse, on aurait pu croire à quelque escroquerie ; pourtant, bientôt, on s’assembla pour l’observer pêcher des vers et des rimes qu’il avait mis à fleurir dans le lac de son enfance. Il les remontait et les laissait vibrer dans l’air. Si la plèbe entend de la poésie récitée à la dérobée ou gravée dans un tronc, on pense aux propos d’un fou, mais, ici, même les rustres s’extasièrent.
Il dynamita aussi les rocs d’une grotte pour mettre à jour des sculptures de quartz auxquelles il avait songé et qui avaient eu besoin de tout ce temps pour se sculpter au sein des minéraux.
Il fendit aussi un arbre qui avait poussé autour d’un nid d’oiseaux inconnus à la robe d’argent dont la couvaison végétale avait eu besoin de toutes ces décennies. Leurs chants furent si enchanteurs, leurs vols si sublimes, que leur passage raviva l’humeur de maints neurasthéniques.
Puis, comme la rêverie n’était plus à la mode, comme Stephen O’Caïrn n’était ni à vapeur ni à gaz ni électrique, comme il fallait courir en poseur parmi les poseurs, en élégant parmi les élégants, en camelote prosaïque au sein des camelotes prosaïques, on l’oublia. Ne restent donc que les expressions éculées dont l’idéalité laisse à penser qu’elle n’a pas d’identité réelle.

*Ce résumé annonce un essai bien plus conséquent sur le sujet, à paraître bientôt aux Éditions Intangibles.

Biographie d’un inconnu//Francis Thievicz ©

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