#0648.070618

Il faut les laver, ces rues, ces esprits, ces souillures. Un moment j’ai songé à faire la promotion de l’anthropophagie, mais cette plèbe de femmelettes m’aurait pris pour un fou. La stérilisation massive – de même qu’une bonne guerre, une épidémie ou une famine – n’aurait eu aucun autre effet que de diminuer le nombre de ces cafards, mais la proportion de dégénérés aurait été la même – quoi qu’en puissent dire, les eugénistes.
Il faut procéder avec méthode et rigueur, il faut analyser les faits, observer, examiner les sujets les plus atteints. J’en ai suivi, de ces bourgeois gorgés de matérialisme, de ces pédants avides de prosaïsme, de cette plèbe prête à ramper pour la moindre pitoyable fantaisie concrète sous forme de navrants expédients gourmands ou textiles.
Il faut commencer par nettoyer les rues de ses déchets les plus grossiers, ceux dont on ne remarquera pas l’absence ; tous ces écumeurs de fange cherchant leur pitance dans les immondices. Il faut leur ouvrir le crâne et mouler leur cervelle, calculer les circonvolutions de leurs matières cérébrales, mesurer l’activité crânienne.
Il faut ensuite en trouver parmi des artistes maudits ou des avant-gardistes philosophiques ou scientifiques, de ces esprits libres débarrassés des illusions de la réalité, impotents en tout ce qui concerne la survie, mais intérieurement brillants. Il faut comparer les données avec les autres, toujours sans attirer l’attention.

Spécimen 27 :
Italienne, modèle pour peintre, femme de joie, syphilitique. Poétesse, parlant 5 langues, érudite en matière de philosophie et d’arts, musicienne, douée en tous domaines.
Miséreuse, a fini par parler aux blattes et aux oiseaux en une langue imaginaire. Craignait les ombres et les ténèbres.
Moulage du crâne :

Dans le puits du sous-sol furent retrouvés plus de 25 crânes sciés et à peu près autant de squelettes. Le cadavre du maniaque reposait auprès de celui d’une jeune femme scalpée au corps dégradé par des chancres et des blessures diverses.
Sculptures à l’intérieur de la boîte crânienne de la femme. Cerveau introuvable.
Avant de mourir, l’homme s’est arraché les yeux, a rongé ses propres mains et a dessiné des rectangles au mur avec son sang.

Vers les songes//Francis Thievicz ©

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