#0627.170518

Rien n’est plus facile que de manipuler les gens : par exemple, si j’invite le lecteur à lire ceci, il le fera, jusqu’au bout. Tiens, je te défie, toi, de ne pas le faire… Mais voilà, tu continues, et j’aurais beau te prévenir que, brodée dans ce récit se trouve une malédiction qui te fera devenir aveugle dans moins de dix ans, tu lanceras un sourire narquois à cette page en pensant que quelqu’un est là pour recevoir la preuve de ta vaine et insane fatuité au lieu de passer à autre chose.
Sois donc attentif, puisque je dois malgré tout te divertir par un récit :
Il était une jeune femme qu’une certaine animalité arrosée d’eau-de-vie viola, et qui, six mois plus tard, tenta à l’aide d’une aiguille à tricoter de percer la tumeur formée par ce crime pourtant banal dans la nature. La lamentable chose qui fut incapable de se défendre des assauts masculins fut tout aussi impotente à défendre à la vie d’affliger le fruit de la concupiscence et de la souffrance qui se formait en son sein. Encore trois mois plus tard naquit une braillarde chose éborgnée par une aiguille maternelle, une chiffe de chairs qui fut maculée d’un peu de boue et abandonnée sur la route dans l’espoir que les fers de destriers, ou du moins les roues d’une voiture, sauraient suppléer aux hésitations maternelles.
Vain dessein… L’enfant s’obstina à ramper dans les fanges composant la vie, il grandit nourri de fessées et de cendres. On l’appela Odin, bien qu’il fut aussi basané et ridicule qu’un teckel, mais puisqu’il était borgne…
De ses tourments il trouva une force consistant à ne pas trembler lorsqu’il s’agissait de trancher les gorges des bourgeois et de tous ces arrivistes employant leur temps à des servilités volontaires pour mieux garnir les bourses des chenapans. Ainsi fut-il riche, ainsi, dans sa libéralité, offrit-il à sa bande une part des larcins, ainsi acquis-je un vieux grimoire, ainsi rapporté-je l’histoire de celui qui m’a légué ce livre dans lequel j’appris à glisser des malédictions dans des mots anodins…
Alors, lecteur, n’es-tu pas arrivé jusqu’ici ? Dans dix ans, dicte à quelqu’un une missive dans laquelle tu te lamenteras de ta cécité et me prieras d’annuler le sortilège ; qui sait, je pourrais ne te réclamer que ta fierté en échange…

Ce récit ne sera fantastique que dans dix ans//Francis Thievicz ©

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