#0590.100418

« Cessez donc de me parler de ces fichues estampes : je n’en peux plus de ces bridés !
– Que leur reprochez-vous ? Ils charrient un certain exotisme salvateur.
– Un exotisme salvateur ? Eux et leurs (ici suivit une longue énumération de toutes ces japoniaiseries certes répugnantes et pitoyables mais trop connues du lecteur avisé sans l’ennuyer) ?
– Parlez-vous des bizarreries des étrons nains de l’Empire Du Soleil Levant ? interrogea un inconnu au visage buriné par le soleil.
– Vous n’allez pas vous y mettre vous aussi !
– Certes, non : je trouve qu’il y a dans l’orientalisme tant de grotesque que je m’en insurgerai sitôt qu’un visage pâle aux yeux ronds se proclamera admirateur des abjections produites par les insulaires du bout du monde.
– Bravo !
– Pourtant, pour avoir visité l’Asie, je dois dire que certains impérialistes japonais ont su développer un je-ne-sais-quoi de prodigieusement insolite.
– Il me ferait beau voir !
– En Chine existe une principauté, Hanazaga Kapanatoïa, enclave habitée de féroces Japonais désireux d’envahir une certaine péninsule. Se reproduisant exclusivement entre eux, vivant en vase-clos, abrutis par leurs traditions dégénérées et l’ennui, ils se sont mis à avoir des pratiques bizarres.
– Apparences, pièges à touristes.
– Ils ont créé de vastes rivières et lacs artificiels où ils élèvent des poissons hybridés à partir de saumons et de silures, des monstres de trois mètres de long plus puissants que des baleines. Ils les domptent, les dressent, en font des destriers nautiques qu’ils tiennent en hameçon comme on tient des chevaux par la bride.
« Et chaque décennie, lors d’une mousson particulièrement vive, ils attèlent des manières de chars que tirent les poissons jusqu’aux cieux, remontant les flots diluviens jusqu’aux nuages.
– Balivernes !
– Je vogue et voyage depuis que je fus témoin de ce prodige reléguant les poissons-volants au rang de parodies. Voyez-vous ce nuage, là-haut ?
– Ce misérable brouillard ?
– Justement, il est en train de dépérir et…
– Damnation ! Un jaune ratatiné tombé du ciel avec un tas de poissons pourris.
– Voilà… Et après cela on louera l’ingéniosité de ces attardés qui emploient leur vie à s’élever dans les airs pour se mieux écraser… Eh bien… Excusez-moi mais je préfère nos bons vieux zeppelins occidentaux ! »

Hanazaga Kapanatoïa//Francis Thievicz ©

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