#0559.100318

Vous voilà désormais à courir d’un ami à l’autre, de médisances en inepties diverses, de divertissements en emplois tout aussi vains. Vous fuyez la solitude et ses parois laissant vos pensées se réverbérer en sinistres échos. Pour vous abîmer dans un sommeil trop riche en cauchemars mais éviter de longs effrois rampant dans les silences de l’endormissement, vous lampez à même des goulots d’absinthe et d’aquavit douteuses, vous mâchez de la gomme macérée dans du laudanum, vous vous épuisez au-delà de toute considération. Pourtant, au réveil, ces souvenirs qui ont travaillé vos songes hantent irrémédiablement votre esprit affairé à de futiles vacuités : vous revoyez ces couleurs impossibles et leurs ineffablement révoltantes reptations à la surface d’ignobles sons, il vous semble avoir encore sous vos pieds cette crevasse de laquelle s’exhumaient ces vésaniques lamentations, au-dessus de votre tête ces mêmes constellations insolites tournoient en aspirant votre quiétude et vos espoirs inconscients. Vos perceptions sont vaincues par des sens supérieurs.
Tous vos camarades décédés, vous les enviez, du moins ceux qui ont réellement gagné les néants mortuaires. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle vous n’avez pas fait chavirer votre chaise quand la corde était nouée à votre cou, ni appuyé sur la détente, ni fait ce modeste pas dans le précipice depuis ce pont. Vous ne les avez que trop vues, ces infamies louvoyant derrière les récifs de la mort, ces manières de prédateurs abrutis et disciplinés, ces horreurs travesties en trépas patientant pour livrer à l’éternité des âmes pour qui la damnation infernale serait davantage charitable.
Vous taisez les faits dont vous avez été témoin pour ne pas vous faire aliéner, pourtant vous êtes fou. Les drogues ne vous sont presque plus utiles, les affairements humains n’occupent qu’une part négligeable de vos sens, votre esprit est déjà abîmé dans des limbes dont vous ne ressortiez jamais même si votre vie arrivait enfin à son terme.
Nous vous proposons de nous offrir votre corps comme vaisseau à l’un de nos explorateurs, en échange nous garantissons à votre conscience une annihilation totale. Faites le signe et prononcez la formule.

Faites le signe et prononcez la formule//Francis Thievicz ©

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