#0554.050318

Ce fut mon grand-père qui découvrit le prodige, et ce fut lui, pour se payer un titre de noblesse et, prétendait-il, par charité humaine, qui vendit les lieux. Et, désormais, je dois faire la queue avec les familles bruyantes, avec la plèbe puante, avec toute cette jungle profane ; payer ma place, comme les autres, et me mêler à eux, subir les bousculades, les réflexions stupides, les exclamations fétides, les extases putrides. On s’embrasse, on se caresse, on hurle, on se croirait dans l’un de ces zoos que l’on nomme théâtre, un simple spectacle pour lequel le seul mérite est celui de délester sa poche d’une obole.
Il n’y a que trois ou quatre mètres carrés depuis lesquels on peut admirer ce paysage éthéré et onirique, ces indescriptibles fantasmagories ondoyant au fil d’un courant de pensée pure, ce firmament bas et réellement concave sur lequel glissent des tourbillons nébuleux d’où jaillissent des volutes de couleurs inconnues retombant dans un lac où ondoient des êtres féériques. Un espace exigu naguère sacré, creusé dans la matière même de la réalité par un anachorète fou qui fut torturé et brûlé par l’inquisition pour gnosticisme et sorcellerie, un passage vers un ailleurs inaccessible dont on ignore encore s’il est de notre temps ou de notre univers, une place pour ainsi dire métaphysique représentant le pinacle de la poésie la plus vierge, qui mériterait un pacte avec le Diable ou le suicide, mais où, désormais, il faut subir les plus intolérables vicissitudes et le joug d’un flot de touristes frottant leurs cuisses nues sur les vôtres.
Peut-être se demandera-t-on pourquoi, un jour, il y eut une lueur éphémère mais vive dans le lointain de la vision, mais la question sera vite éludée par la pression des visiteurs réclamant leur droit de loisir. On ne fera pas le lien avec cet autre lieu, non loin, dans lequel a eu lieu une explosion, on ne déplorera donc pas qu’un autre belvédère mirifique fut détruit par moi pour contenir les cloportes dans leurs égouts, en espérant qu’un autre osera, lui, fermer l’ultime lucarne connue vers le sublime.

Lucarne sublime//Anonyme ©

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