#0553.040318

Mon obsession, c’était d’obtenir un noir parfait. Le profane ne voyait pas les infinies nuances du noir. Moi, si, je les ai perçues très tôt, et j’ai voulu faire mieux.
Je voulais un noir plus crémeux, avec plus de texture, plus de richesse, plus de profondeur.
Un jour, en mélangeant les pigments d’une énième façon, il s’est produit quelque chose. J’ai étalé le mélange sur la toile que j’avais préparée, et là, le miracle s’est produit. J’avais ce noir unique, que j’avais tant recherché.
J’ai laissé mon atelier, le soir, avec un sentiment d’euphorie que j’avais rarement connu. Quand je suis revenu le lendemain, j’ai eu une surprise. Par un phénomène inexplicable, le noir avait quitté la toile et s’était répandu sur les murs. Et ce qui l’était encore plus, c’était que ce noir progressait, rapidement, sur ces mêmes murs.
J’ai eu peur. J’ai reculé, et quitté la pièce. Le noir se démultipliait de manière exponentielle.
Je n’ai compris sa nature réelle que lorsque je suis arrivé au pied de la cage d’escalier. En effet, il y avait sur le palier plusieurs plantes vertes à la pousse luxuriante. Le noir a glissé sur elles. Elles se sont rabougries et sont immédiatement mortes.
Je me suis enfui. Je suis sorti dans la rue. A cette heure-ci, elle était pleine de vie. Des enfants qui jouaient, des vieillards assis sur des bancs, des couples d’amoureux se tenant par la main. Le noir a figé tout cela. Les corps se sont affaissés, desséchés comme s’ils étaient momifiés.
J’ai trébuché, et le noir m’a rattrapé.
Il a glissé sur moi. Terrifié, j’ai pensé que j’allais mourir, mais j’ai survécu. J’ai compris pourquoi par la suite. Il ne tuerait pas son créateur.
Il a continué son avancée.
En une journée seulement, il a rempli la planète, semant la dévastation et la mort.
Je demeure seul survivant sur ce globe totalement dévasté.
Moi qui voulais seulement créer une nouvelle couleur !
Mais j’ai quand même une consolation. Autour de moi, partout où je pose le regard, je peux admirer ma création, sa perfection et en tirer ce qui me reste comme sentiment humain : de l’orgueil.

Noir//Jérôme Bertin ©

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