#0552.030318

Fut une époque durant laquelle une certaine dignité avait réussi à percer certaines parcelles de la répugnante carapace de l’âme humaine. Parmi les moins corrompus par le règne grégaire de la concupiscence et de l’érudition, avait réussi à s’embraser la flamme d’une certaine transcendance poétique composée de volontés suprêmes et de furieuses inclinations.
Les jeunes gens fuguaient pour s’en aller vers ce pôle magnétisant les esprits libres, les mariages se rompaient par le sang ou de violentes séparations, les chaumières étaient désertées par tous ceux qui répondaient à cet appel – et, certes, aussi par ceux qui voyaient dans ce courant quelque occasion de s’ébrouer, car toujours la corruption vient pourrir alentour de la pureté.
Le premier arrivé se pencha sur la cavité lumineuse, échangea quelques mots avec le mystère qui y résidait, et atteignit un ultime épanouissement en se laissant là mourir. Son cadavre servit au second de litière pour faire de même, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’un tertre mortuaire se formât et que l’on dût d’abord gravir avant de le creuser et se laisser périr.
Des miasmes émétiques enlinceulaient les lieux, une rivière de purulences y prenait source, les charognards rôdaient alentour en embuscade, gras, avide, repus, abrutis par ces prodigalités carnées. Pourtant ce ne fut pas cette atmosphère qui fit tarir les flots d’estimables créatures, mais quelque chose dans une conjonction cosmique ou dans le désespérant équilibre du monde qui n’inspira plus les poètes.
Le tertre se fit d’abord architecture squelettique décharnée, puis précaire amas d’abondances végétales et fongiques, puis anodin lieu aussi inutile qu’il ne recelait aucune source d’exploitation rentable ni de profit pour les dieux avides de vénérations.
Pourtant y gît encore le pouvoir aveugle, brutal, inconscient, merveilleux et dédaigneux qui avait suscité tant de dévotions et de respect. En maints lieux jaillissent encore des abreuvoirs pour quiconque tend à la transcendance, mais ce sont plus les obsolètes pantins simiesques qui s’y désaltèrent

Humain trop prosaïque, tu n’es même plus assoiffé//Francis Thievicz ©

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