#0550.010318

Elle fut naguère la mère des poètes, celle en laquelle les démiurges solipsistes allaient immoler les viandes qu’ils hantaient pour libérer leurs âmes des illusions de l’existence et n’être que la placide onde des bassins vermeils, n’être animés que par les fontaines d’obsidienne et d’argent vaporisant des brumes opiacées, ne refléter que les horizons des au-delà stellaires pour ne nourrir que des fleurs sous-marines et tout ce qui ne peut inspirer qu’hors des miasmes de l’atmosphère réelle, ne voir s’animer que les calices de cristal versant l’ichor de dieux sacrifiés pour ajouter de salvatrices ombres sardoniques aux miroitements de la surface.
De ses plaies s’élevaient d’évanescentes volutes rampant le long des rues inertes, roulant par les jardins silencieux, enjambant les murets dominant les hautes falaises. De la terre on les voit parfois, à l’instant de leur dernier râle, sous forme d’anges ou de formes étranges confondues avec les nuages.
… Il y en aurait à conter à son propos, d’idéales descriptions, des détails absolus, des merveilles concernant ses architectures hallucinées, mais le temps nous est compté car déjà entendons-nous des grelots sonnant pareils à des glas ; et nous devons suspendre nos paroles impies dévoyant en mots prosaïques les perfections de cette cité afin de ne pas troubler la course de l’ombre qui porte le rouleau de la destinée des songes ici hébergés.
On aura bu des vins de Pompéi, brodé des extases Atlantes, rapporté des aventures en Thulé, admiré les crépuscules d’Ys, prêté l’oreille aux timbres de Kitej, et bientôt visitera-t-on une parfaite Venise en scaphandre, mais toujours ignore-t-on que le propre d’un mythe est son effondrement, son affaissement, son inhumation, sa limbification. Tout semble tendre à se décrocher du ciel pour sombrer. Et voici que vous devinez qu’aucune entreprise physique n’est à l’œuvre dans ces funestes destins ; seulement une silhouette parait toujours avant que le cadavre des nuées ne se dépende, ornée de sinistres clochettes d’antimoine annonçant sa venue, portant un rouleau aux augures trop lourds pour certaines puretés.
Nulle ire céleste, nul châtiment, nulle dégradation, nulle corruption, seulement la lassitude d’exister, la ponctuation réclamée par tout suprématie, le poids d’une irrémédiable fatalité.

L’ultime vertige d’Epaga//Francis Thievicz ©

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