#0534.130218

Il s’agit d’un jeune homme pour qui les affres des triviales réalités sont pareilles à des limbes visqueux et traîtres, qui n’avait pas su assez s’incliner face à l’empire de l’âge et était resté dans ces fantaisistes immaturités oniriques dominant la vérité par son imagination. Pourtant, parfois, il lui prenait des accès philosophiques, des saccades de pensées, des éboulements en chaîne de raisonnements purs, des avalanches de questionnements. Et, cependant qu’il se noyait dans ces marécages sceptiques, il tentait de fuir, laissant négligemment son chien le suivre et allant marcher sans autre destination qu’ailleurs.
Ce jour-là, il avait dès l’aurore été percé par les rais du soleil noir, l’âme écorchée par les vérités du saint absurde, les poumons tenaillés par les serres de la phtisique lucidité, les yeux empoussiérés de poudres de verre acéré. Alors il marcha jusqu’à ce que tout lui fut lointain, puis il se mit à courir jusqu’à tenter de semer son ombre, à la suite de quoi il s’écroula et rampa avant de se laisser rouler le long d’une pente abrupte où même le ciel n’ose descendre.
Mais même au sein des êtres purs les splendeurs du lyrisme ont leurs limites, et il renonça à sa sainte entreprise de… Comment pourrions-nous la qualifier ? Transcendance ?
Il regagna sa maison, honteux et seul, vaincu par la vie et l’existence, jappant comme un animal blessé.
Par les planches mal agencées de la porte, il sentait une chaleur émaner, des parfums simples de nourritures sommaires, et la fragrance d’un tabac bon marché. Mais elle était close de l’intérieur, et bien qu’il appuya ses efforts pour forcer le passage, grognant, s’abandonnant à une manière de rage, ses tentatives restèrent vaines. Il s’obstina néanmoins et tenta de déloger les gonds à l’aide d’une pierre lorsqu’une lame, celle de son propre couteau, filtra par un interstice et se planta en son sein.
En rendant son dernier souffle il se vit lui-même – ou quelque copie prosaïque et ahurie – se pencher au-dessus de son râle pour en humer l’haleine en grimaçant quelque effroi, et son chien mettre la queue entre les jambes en reculant face au moribond qu’il était, face à cette bienheureuse liberté qui déjà le gagnait.

Nous y laisserons tous nos âmes//Francis Thievicz ©

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