#0499.090118

Il n’avait pas compris, personne ne comprend rien mais tout le monde accepte, pour ne pas devenir fou.
Comme il était tard il se servait du foyer de sa pipe pour suppléer à l’illusion qu’il s’était forgée concernant sa nyctalopie. Les marches de l’escalier grinçaient mais il réussit à enjamber les deux degrés les plus vermoulus afin d’éviter toute réprimande de ses voisins le lendemain.
Il réussit à ouvrir sa porte sans produire de bruit et, une fois celle-ci refermée, il craqua une allumette pour allumer la lampe dont le verre lui parut plus crasseux que d’habitude. La mèche ne prenait pas mais avec l’éclat du phosphore il constata que sa lampe et son guéridon étaient envahis de matières végétales. Palpant, examinant, il pesta en se rendant compte que son mobilier était maculé de souillures gluantes et spongieuses.
Il ouvrit la fenêtre et les volets pour laisser pénétrer la clarté de la Lune avant de se tétaniser en trouvant tout son appartement du sol au plafond tapissé de ces réseaux fongiques dont il perçut alors les relents miasmatiques. Des filins s’agitaient sous l’effet du courant d’air, pareils à des asticots de pourriture. Chacun de ses pas était accompagné d’un répugnant clapotis de succion et d’exhalaisons trahissant la présence d’eau croupie sous le tapis de moisissures.
Se figeant un instant il tenta de sonder sa mémoire, savoir si l’absinthe avait eu un autre goût qu’à l’accoutumée, s’il avait été drogué à son insu ou s’il avait récemment donné une raison à quiconque de lui jouer un mauvais tour. Mais rien ne lui vint avant de tenter de faire un pas vers la sortie et s’effondrer, les pieds prisonniers des aberrations qui, lorsque du visage il effleura leur substance, se rétractèrent avant de lui sauter aux yeux, aux narines et à la bouche, en usant de leurs ventouses pour le tenir sous leur empire.
On ne le trouva pas le lendemain. On ne réussit jamais à ouvrir la porte derrière laquelle d’étranges bruissements et râles étouffés se laissaient distinguer. La vieille logeuse mit le feu à l’étage avant de s’ouvrir la gorge

Crasse//Francis Thievicz ©

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