série#07SDT.25

Yves 25-La taverne

    Où l’on vérifie que les tavernes sont des puits d’où la vérité sort migraineuse

Le domestique : « … vous êtes de braves gens ! Si, si, j’insiste : dignes, comme il faut, économes ! Pas question de dépasser, de payer plus que son voisin. Au fond, je vous envie : vous ne ressentez pas de craintes pour l’avenir, toujours prêts à vous placer sous l’aile du premier protecteur un peu cauteleux. Vous êtes des chiens au pelage soigné, à tant aimer les caresses que vous ne mesurez plus la longueur de votre licou. Moi, je suis un domestique et je possède un maître. Je mets un point d’honneur à le voler. Voyez-vous, je respecte sa dignité parce que je perpétue l’idée qu’il se fait de lui-même, celle d’un seigneur prodigue alors que, malgré tous les pouvoirs dont il est doté, il est un traîne-patins, comme moi, comme tous les vagabonds qui errent sur les terres du Serghestan ou d’ailleurs. Vous êtes les grands vainqueurs et c’est notre crépuscule. Bientôt, la magie aura disparu. Je ne suis qu’un domestique et mon maître est un fugitif qui rêve au délitement des astres, je suis un gueux dans son ombre. Ma servitude est volontaire, messieurs. Pourtant, je reste prêt à vous tondre, à voler, à m’enfuir pour demeurer libre, incapable de tuer pour cette même cause, parce que je suis lâche. Vous croyez à un affront de ma part ? Détrompez-vous : je suis un roquet qui mordille votre meute, mais au moins je ne porte pas de collier. Ah, vous vous levez ! Qu’est-ce que je vous disais, à propos de meute ? Vous me rosserez, et puis après ? Vos jours mornes continueront et moi… moi, je recevrai quelques plaies de plus et une gueule de bois à vos dépens. Je me suis gobergé avec le même plaisir que j’éprouve à voler mon maître, à part que je méprise vos chaînes, vous qui n’avez encore jamais vu ceux qui tirent dessus… »
D’un pilier serti dans l’ombre, Le Ténébreux surgit, puis frappa du plat de son épée le crâne du domestique. La foule recula, sous la menace froide de l’homme et de ce qu’ils prirent pour un cadavre à ses pieds.
Ce fut ainsi que le domestique fit sa déclaration d’amour.

Saga du Ténébreux : épisode 25//Yves Letort ©
Illustration//Férid Khalifat ©

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