Au Dr G.

Le détective filait toutes les patientes, guettait les va-et-vient des maniaques et des catarrheux. Mais il ne parvenait pas à dénouer cette histoire : le docteur découchait ! À l’aube, les traits tirés, il rentrait dormir quelques heures auprès de son épouse. Silencieusement, elle enrageait contre la maîtresse introuvable qu’elle aurait volontiers coulée dans le béton.
Après trois mois d’enquête, l’agent se présenta chez sa cliente. Lorsqu’elle ouvrit la porte, il lui tendit un monstrueux rhizome, pieuvre gavée de tentacules, rival des œdèmes et cancers qui sévissent sur la terre : la plante boursouflée esquissa un sourire ‒ rictus imperceptible au commun des mortels.
« Que voulez-vous que je fasse de cette horreur ‽ » s’écria l’épouse du docteur.
Le détective ne rétorqua rien. Comment annoncerait-il la chose à cette furie? Il développa enfin son hypothèse…
La femme se radoucit. Elle le paya, le remercia pour ses services, puis se saisit de la grosse plante ‒ et n’importe qui aurait cru qu’elle allait la mettre en charpie ! Mais elle souffla sur elle un équivalent de baiser, caressa ses racines, lui murmura quelques douceurs. Ses excroissances, qui l’avaient d’abord dégoûtée, éveillaient maintenant sa pitié. Elle la posa sur la grande table, au milieu du salon :
« Ma chérie, nous allons l’attendre. » Et comme les femmes sont solidaires, elle promit au rhizome de forcer son mari à reconnaître le petit à naître.

Canines et Flore 54 : Le rhizome//Céline Maltère ©

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