série#02LAL.047

     La montagne incandescente.

Deux jours que nous cheminons dans les marais, et le sol est toujours aussi plat. De plus, aucune de mes cartes n’indique la présence d’un massif rocheux au sud de Sébastopol. C’est peut être une façon de parler de la part des Galaniens. Il y a peut-être juste un petit promontoire sur lequel on pose le corps des défunts que l’on enflamme ensuite, d’où le nom de montagne incandescente. Il fait toujours un temps de chien spatial et toute cette flotte commence à me taper sur le système.
Je m’étonne d’ailleurs d’avoir aussi peu de pannes de la part de mes appareils électroniques. Ils devraient tous avoir cessé de fonctionner depuis longtemps, et bien non. Ils tournent à merveille. Au contraire, l’humidité de l’air semble les revigorer.
Plus nous avançons et plus le temps devient exécrable. Maintenant, nous n’avons plus à subir une petite bruine mais une pluie continue. Dans le sol, on s’enfonce de plusieurs centimètres dans la vase fangeuse. On se déplace de plus en plus difficilement et nos réserves de nourriture sont pratiquement néantes.
Toute la journée, alors que j’essaie d’avancer dans cette boue, je ne pense qu’à une chose. Prendre une bonne douche chaude et boire un verre de n’importe quoi, pourvu qu’il y ait assez d’alcool dedans pour assommer un régiment. Belir, lui, a une autre tactique. Il chante des refrains traditionnels de son village. Ça le rend guilleret pour quelqu’un qui est mort.
De temps à autres, l’un de nous deux abat une créature aquatique que nous mangeons crue, vu qu’il est hors de question de faire cuire quoi que ce soit dans cette mélasse. Cette chair visqueuse est immonde, mais elle a la vertu de nous nourrir. Vieille coutume galanienne, Belir donne toujours sa part au marais afin qu’il continue à nous alimenter.
Une fin d’après-midi, nous posons le pied pour la première fois depuis des jours sur un rocher. Et puis arrive la terre ferme, en pente, et les premières falaises verticales que nous escaladons avec plaisir pour nous éloigner de toute cette flotte.  J’ai abandonné l’idée de suivre mes cartes qui sont toutes fausses depuis longtemps. Après quelques jours, nous arrivons sur un plateau au-dessus des nuages.
Et là, il fait à nouveau noir, mais le ciel est étoilé. L’air est sec, non pollué. Comme on n’y voit goutte, nous faisons un feu de broussaille, mangeons une ration pour deux et dormons comme des souches jusqu’au matin.

Les Archives Lumière 0.47//Francis Péhot ©

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