Je n’ai pas eu le temps de faire quelques pas que je suis rejoint par un petit être vert.
— J’ai oublié quelque chose au village ?
— Non, c’est moi qui t’ai retrouvé inanimé aux abords du village. Comme je t’ai sauvé, ta vie m’appartient. Je ne peux m’en séparer.
— Ecoute, je te remercie, mais je te libère.
— Impossible.
Bon, je ne vais pas me mettre cette tribu à dos. Je me rencarde sur le nom  de mon compagnon. Bélir, c’est son blase. Je lui donne donc mon sac de viande pour qu’il en fasse don à sa famille. Il repart le leur donner en courant et revient en souriant.
— Je te prends comme guide. Je te donnerai un salaire en viande fraîche.
Marché conclu. Nous repartons aussitôt. Bélir a une lance de bambou, une toge tressée de lianes locales imperméables et une natte dans laquelle il s’enveloppe la nuit. Il est tellement vert qu’il en est presque fluorescent. Ce coup-ci, nous ne coupons plus à travers la jungle comme je le faisais, mais nous suivons les pistes tracées par des générations de Galaniens.
On s’arrête dans chaque village où Belir pose toujours les mêmes questions concernant les révolutionnaires. Mais personne n’en a jamais entendu parler. Un soir, autour du feu, à faire griller la viande de onar, un ancien qui a écouté les phrases de mon traducteur et les histoires de Belir part dans un long monologue.
Tout le monde l’écoute en ouvrant grand la bouche et en poussant des petits tc tc d’approbation. Tous ont l’air effrayé.
— Qu’est-ce qu’il a dit, mon traducteur n’a pas réussi à le capter, il était trop loin.
— D’après lui, tes amis connaissent nos coutumes et ils sont allés se cacher dans la montagne incandescente, terre de nos ancêtres. Ils savent que là, personne n’ira les chercher.
— C’est loin ?
— Pas tellement. Elle trouve à quelques levers de la grande étoile de marche. Seulement aucun d’entre nous n’a le droit d’y aller. C’est complètement interdit.
— Je te l’avais bien dit, Belir, tu vas devoir être obligé de me laisser continuer seul.
— Pas question. Je vais demander au chef du village de me tuer afin qu’en tant que mort je puisse me rendre sur la montagne incandescente.
— Si tu meurs, tu ne me sers plus à rien et c’est une perte pour ta famille.
— Ce n’est pas ce que tu crois.
Au matin, tout ce qui est vert est rassemblé au centre du village. Belir est assis sur sa natte, le chef de tribu s’approche solennellement de lui, dégaine sa griffe de onar, et il coupe la longue chevelure de mon guide. Tout le monde pousse des ah! et des oh! de réprobation. Certains tapent même du pied pour marquer leur désapprobation, leur mécontentement. Lorsque Bélir est complètement chauve, il se lève et vient vers moi. Il a un grand sourire.
— Maintenant, je peux t’accompagner.

Les Archives Lumière 0.46//Francis Péhot ©

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