Une nuit, il était assis sur un pont à peindre la ville après l’extinction des becs-de-gaz, avant l’animation citadine. Il s’agitait beaucoup, torturait sa toile et sa planche à couleurs, maugréait avec mauvaise humeur. Puis, après m’avoir demandé de veiller sur ses instruments, passa sur la rive, arpenta la rue et se fondit dans les ténèbres.
« Observe, observe, hurla-t-il à mon adresse. Les vois-tu ? Ces profondeurs qui sont invisibles lorsque la lumière les frappe, elles forment une autre voie. J’avais cru à du brouillard, mais non. Et là, et là ! Cette cathédrale de noirceur. Vois, observe comment se découpe l’absence de couleur ici, dans la nuit. Peins, ajoute à ma toile, ajoute mon personnage pour traduire les dimensions. Suis-je bien discernable sur ce néant dépourvu de vide ? »
Puis sa voix se perdit tandis que, je crois, il pénétrait ce qu’il décrivait. Déjà à l’est le jour gommait la nuit et je restai seul dans le froid matinal, seul face à cette toile de complexes circonvolutions noires qui n’a jamais été achevée.

Visiteur d’obscurité//Francis Thievicz ©

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