Les réseaux ne parlent que de ça, évidemment. Demain, le météore s’écrasera. Demain, à 21h42 très précisément, à Chixculub, les scientifiques sont formels. Plus personne ne travaille, plus personne ne dort, plus personne ne meurt. Tous sont dans l’attente du fléau venu du profond du système solaire. Les hommes et les femmes célèbrent leurs dernières heures, par le deuil, la drogue, le sexe. Les enfants et les nouveau-nés sont épargnés. Ils sont les graines d’espoir d’une civilisation brillante au-delà des mots mais impuissante face au cataclysme à venir et ils ont été plantés ailleurs.
Rugops se déconnecte des réseaux pour embrasser du regard ce monde, ignorant le ciel bientôt meurtrier de milliards de vie. Il sent ses souvenirs et ses pensées s’agglomérer pour former un tout cohérent, mais il cherche à leur échapper. Après quelques secondes, il abandonne. Tout comme le météore demain, les images sont implacables.
Il songe à sa première portée, aujourd’hui envoyée dans l’espace, dans l’espoir fou qu’elle rencontrera une autre planète à coloniser, bien que la technologie de conquête spatiale soit non éprouvée. Après des milliers d’années de philosophie contemplative et d’arts, Rugops et son peuple se sont tournés trop tard vers les étoiles.
Peut-être la seconde portée, si elle survit, ne refera pas les mêmes erreurs. Elle est enfermée à plusieurs centaines de mètres sous le sol, dans un abri qui devrait résister à l’impact et assurer une autonomie pendant quelques millénaires, le temps que l’hiver de poussière s’achève et permette de reconquérir la surface.
Enfin, il y a la troisième portée, songe-t-il en apercevant un oiseau se poser sur les branches du palmier voisin. Celle-ci a été soumise à une expérience extrême, et il faudra des millions d’années pour que ses descendants ne s’en remettent et ne hissent leur future civilisation à la hauteur de celle de Rugops. Mais peu importe, la vie continue et ils retrouveront les vestiges que le météore aura épargné.
Rugops claque des dents et s’allonge dans l’herbe. Lorsque le météore pointe sa proue, quelques heures avant l’impact, il sera le premier dinosaure de son peuple à le voir et le maudire.

Demain, une comète 3 : Demain, à Chixculub//Anthony Boulanger ©

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