«  Il n’y a aucune vie après la mort, rien, mais à la frontière, au trépas… Oh, si tu savais, mon ami. Je ne devrais rien en dire mais je peux bien le partager avec mon vieux complice, peut-être cela t’incitera toi aussi à te défenestrer.
« Juste avant de toucher le sol, l’esprit, dans un sursaut d’élan vital, se détache de sa geôle de chair. L’âme, alors, continue son chemin selon l’inertie initiée par la précipitation. Mais il faut la volonté, le besoin de se départir de la vie, le clivage de l’essence avec la substance. Comprends-tu ? Celui qui s’attachera à cette pathétique forme d’être qu’est la vie, qui aura été défenestré par accident ou par une volonté criminelle, celui-ci restera un simple cadavre en devenir, un corps sujet à la finitude de l’existence.
« Juste avant de m’écraser j’ai donc continué à plonger dans les entrailles de la Terre, dans les abîmes du monde, dans les affres de l’existence. Le temps, l’espace, tous les fondements de notre représentation du monde, tout cela est aussi illusoire que de prétendre connaître les poissons des océans en analysant la vapeur des mers.
« Les cavités d’onirisme saturées de songes explosifs, les contrées d’inspirations artistiques, les landes de démence, les abîmes charriant toutes les vérités les moins traduisibles en mots ou même en formes abstraites… Si durant ces éons qu’a duré mon périple tu avais visité ces univers dans lesquels baignent d’ineffables perfections éthérées, tu saurais combien j’ai eu raison de ne plus me condamner à vivre cette parodie d’éveil dont tous s’infligent le fardeau avec d’autant plus de servilité qu’ils ignorent les expériences intellectuelles. Ces divines étoiles formant de subtils poèmes, ces végétations cosmiques aux parfums télépathiques, ces fertiles néants au-delà des limites de l’infini, ces plongées sous les dimensions de l’atome me… Ah ! voilà qu’après avoir vécu des… le temps me manque. Mais tu sauras, j’en suis sûr, tu sauras lorsque tu te suicideras toi aussi. Quelle bénédiction au-delà de toute jouissance, quel pur hédonisme de l’â… »

Un voyage à la frontière//Francis Thievicz ©

 

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