M5

Qui suça l’Astenbreck dont le cours a tari ? Une peinture ancienne montre l’une des femelles, relique antédatée d’une race sans distinction qui grognait dans les Flandres.
La rivière serpentait sous le sol du vivarium : elle charriait les dernières eaux d’un monde. Et cette matière inconnue étonnait les mécanotropes. Quand U-26 dysfonctionna, on imputa sa maladie à une projection du liquide. Les cantiniers du vivarium faisaient preuve d’imprudence. Il leur fallut sécuriser les lieux pour éviter la rouille, vieille peste que les ancêtres avaient ratatinée.
Les quelques humains du Musée avaient besoin de boire en quantité : les savants faisaient tout pour éviter leur extinction. On avait glacifié ‒ nouvelle technique qui remplaçait depuis des siècles les empaillements et les momies ‒ la fine fleur des espèces. Il restait l’homme, ce drôle d’oiseau perdu au royaume des terres métalliques.
L’Astenbreck abreuva les spécimens jusqu’au dernier. Puis il s’assécha, par dépit, désolé de devoir nourrir l’espèce qui pêcha les poissons jetés le ventre à l’air sur ses rivages.
Depuis, chez les mécanotropes, on admire une éternité consacrée aux victimes. Les prédateurs ont disparu.

*

« Rien n’incline aux miséricordes !
Chante la cane épileptique.
Si l’avenir est dans nos cordes,
Vouons-nous au Dieu mécanique. »

Res Amatoria 7 : Mécanothérapie 5 – La rivière Astenbreck//Céline Maltère ©
Collage//Jean-Paul Verstraeten ©

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s