M1

« A la manière de nos lointains ancêtres, l’Institut a recours à la mécanothérapie. Une panacée, la machine ! Il n’existe pas trente-six façons de soigner les malades. Autrefois, dans les stations thermales, le patient buvait l’eau à la source. Oui, je sais, c’est étrange. Elle n’était pas très bonne au goût, mais elle guérissait de mille maux. Pour nous, c’est difficile à concevoir.
– Pas tant que cela, docteur, dit Iamkorit-09. J’ai lu de nombreuses choses sur la matière liquide. Je m’étonnerai toujours des besoins du corps humain. A ce propos, je reviens du Muséum. Ils craignent de plus en plus de ne pas pouvoir conserver le vivarium : trop cher, trop d’entretien, et les spécimens s’épuisent. Les femelles refusent depuis peu la reproduction.
– A quand remonte la dernière mise-bas ?
– Oh ! Cela doit faire dix-neuf mois maintenant. La parturiente a mis au monde des octuplés. La moitié n’a pas survécu. Ils se laissent mourir et pourtant, ils ne manquent de rien. C’est bien là leur problème…
– Nous faisons le maximum pour préserver des bribes de ces vies ancestrales ; mais il se pourrait qu’un jour, nous devions renoncer, nous rendre à l’évidence : nous ne pouvons pas lutter contre l’évolution. La psychè est une peste. Des nouvelles de Lucie ?
– Elle reste prostrée dans un coin et ne réagit plus à notre approche. Je crois qu’elle n’en a plus pour longtemps.
– Quel dommage ! Notre plus belle bête. J’aime beaucoup aller la voir ; elle me fait grincer les mâchoires : quand je me poste derrière la vitre, elle a la curieuse habitude de coller ses lèvres au verre, mimant le baiser antique. C’est très joli à voir, et tellement surprenant d’avoir accès aux rites originels. Quand l’espèce s’éteindra, nous perdrons les traces de l’instinct. Ah, oui ! Faites la grimace ! Vous savez bien comment les hommes se reproduisent…
– Oui… C’est aussi étonnant que d’ingurgiter des aliments… Mais j’étais venu ici pour huiler mes boulons. Je me sens rouillé ces derniers temps, j’ai besoin d’une petite séance.
– Asseyez-vous-là, et ramez ! Quand Dorothy-24 aura fini, vous monterez sur son cheval d’arçon et dompterez la « machine ».
– Dire qu’autrefois, ils nous appelaient ainsi !
– L’homme a toujours manqué de discernement, c’est ce qui l’a perdu. Nous mettre sur le même plan qu’un frigidaire ou qu’un fer à repasser fut son erreur et fit son drame.»

Res Amatoria 3 : Mécanothérapie 1 – le vivarium//Céline Maltère ©
Collage//Jean-Paul Verstraerten ©

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