« Je n’ai pu vous amener que trois bougies et quelques fruits secs.
– Vous êtes bien brave, mon petit. Et… où en sommes-nous ?
– L’horizon toujours se rapproche de nous.
– Et Elle ? demanda la vieille avec une démente frayeur contenue.
– Elle s’épuise peu à peu, il n’y a plus qu’un tiers de sa sinistre présence qui se dessine dans les pudeurs de la nuit.
– Alors prends, prends petit, prends mes bagues, et cette mèche de mes cheveux, et mes bougies et tout ; prends tout. En holocauste donne toutes ces offrandes aux cieux, qu’ils interfèrent, qu’ils l’empêchent, qu’ils la fassent cesser de s’écraser sur la terre et la mènent sombrer au-delà de l’horizon.
– Bien. Mais on m’a dit que tout ira bien.
– Va, va, petit ! Tout n’ira plus si sur nous elle s’abat. »
Je sortis plus effrayé par la fureur de la vieille que par la face de la Lune qui avait déjà tant clivé du monde.
Lorsque l’astre fut haut dans le firmament, on incendia les offrandes avant de les arroser de sang de récents sacrifiés. Vinrent quelques incroyants pour perturber les dévotions, traitant les prophètes de menteurs, de faux donneurs d’espoir, mais nous les rôtîmes eux-aussi, ces couards hédonistes prêchant une fin du monde heureuse et passive.
Haut dans les cieux s’élevèrent les preuves de nos ferveurs, et, bien que deux jours plus tard Elle rongea encore un peu de sol, la Lune, cette infâme faux, disparut et la vie continua.

La Lune n’est plus//Francis Thievicz ©

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