Tout vient du songe, ou plutôt du sommeil. Nul n’ignore que le rêve n’est dû à aucune fantaisie mythologique : il vient tout simplement au dormeur qui s’assoupit allongé sur le ventre. Cela est valable pour toutes les espèces de tout l’univers, pour les esprits, les spectres, les gaz conscients, les bactéries et même les fleurs.
Au début du monde les êtres vivants étaient pareils aux fœtus, recourbés, recroquevillés, d’où la forme sphérique des planètes. Chaque astre était matelassé, aux dimensions d’un individu et de sa famille, certains chauds d’autres froids, aux convenances de chacun. Mais la femme, éternelle empêcheuse de dormir en rond, réclama « Pourquoi ne pas surélever nos couches par rapport au sol ? ». Et même si le sol lui-même était tout entier une couche, l’homme, cet éternel serf sot et creux, exhaussa les vœux de la femme. Il ajouta de l’épaisseur au sol qui resta tout entier une couche à embrasser pour dormir et rêver, mais certes moins confortablement.
La génération suivante eut droit à la même mascarade, la femme demandant à l’homme d’élever la couche plus haut, toujours plus haut, jusqu’à ce que le sol ne fût plus un paisible lieu où sommeiller et que le rêve disparût, car on ne put plus embrasser sa couche devenue une sphère si grande que certains se mirent à douter de sa sphéricité.

Strates d’éveil//Francis Thievicz ©

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s