« La Verdière, vous devez le publier. Vous en avez été observateur privilégié : c’est un témoignage tout ce qu’il y a de plus authentique du mode de vie de ces amas fongiques pensants et télépathes habitant la planète gravitant autour de Saïph.
– Je ne suis pas un éditeur scientifique, je publie de l’humain pour l’humain. Qui va donc s’intéresser à des champignons narrant les récits de leurs communautés, eux qui sont si différents de nous ? Les lecteurs veulent de l’exotisme pour cadre, avec de l’humain pour donner substance à la trame : des navettes spatiales métaphorisant un conflit terrestre, des actions morales, des préoccupations sentimentales dans des cadres vaguement historiques, de la base psychanalytique, la lutte du bien contre le mal, la convocation d’âmes humaines lors de séances de spiritisme, de l’humain, de l’humain, de l’humain. C’est ce qui est vendeur ! »
Je répondis comme n’importe quelle personne sensée l’aurait fait, même un amas fongique gravitant autour de Saïph : en saisissant La Verdière par le juvénile duvet de son menton et en plantant une aiguille dans un méridien mis en évidence par l’art sacré de l’acupuncture afin de bouleverser ses chakras.
L’abject anthropocentrisme dont était victime La Verdière s’écoula de ses orifices en miasmatiques geysers de pus jaunâtres, puis, regagnant sa raison, le dysmorphique éditeur factice déclara : « Publions-le, ce texte ! »
Le voici donc, ce sublime témoignage de vie extraterrestre, avec le détail de l’inédit environnement de ces formes intelligentes formant un cyclopéen mycélium leur permettant de penser en symbiose et de croître dans les aberrantes conditions que sont les leurs, pour ainsi dire aussi éternelles que leur planète…
Du moins ce fut ce que j’aurais pu dire si le pus n’avait souillé les pages inédites et dilué l’encre…
De toutes manières le texte était certainement un faux, malgré toutes les preuves irréfutables apportées à propos de ce témoignage lancé par ce peuple ancestral, motivé par les magnificences de sa vie mystique, présentant son existence afin de recevoir la réciproque, afin de satisfaire sa curiosité de savoir si une autre vie dans l’univers existait. Dommage, nous avions même la méthode pour leur répondre par transmission de pensée.

Le texte des champignons extraterrestres//Francis Thievicz ©

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