« Les pédants aux esprits visqueux prétendent que l’art est l’expression d’intériorités refoulées, les timorés affirment que ce qui ne fait fermenter aucune émotion n’est pas de l’art, quant à ceux qui bavent que l’art doit servir à améliorer le monde, ne leur laissons pas même la parole !
« Ils sont à peu près autant à avoir tort que de personnes qui vomissent leur avis sur le sujet. L’Art, le seul Art, est un péril, un abîme, une voie métaphysique, l’ébauche d’effroyables détails lucifériens dans cette ombre d’ombre qu’est l’existence, le commencement d′un périple éthéré. Tout art qui ne fait pas devenir folles les âmes sensibles, tout art inapte à faire prendre conscience de la futilité de la réalité, tout art n’obligeant pas à envisager le prosaïque comme une forme de suicide mental, n’est pas de l’Art. »
Voici ce qu’avait proclamé Clark avant de tisonner l’âtre en me laissant songer à ces furieuses sentences dont la brutale vérité ne brillait que trop dans ce monde où n’est acceptable que la plus crasseuse médiocrité dont le seul argument est la démocratique adhésion de la masse.
La nuit était déjà fort avancée – car c’est au sein de la nuit, lorsque les couleurs et les leurres sont bannis, que se peuvent confier les intimes absolus. Porté par ces idées et bercé par le rythme des craquements du bois, je me laissai aller à un demi-sommeil ponctué de l’image du visage de Clark illuminé par la cheminée.
J’ignore si ce furent les faits qui firent naître l’idée ou si la pensée précéda l’acte, mais je murmurai « Le feu est l’Art ultime ! » quand mon ami, sans prêter attention à moi, mesmérisé par les danses des flammes, se laissa basculer en avant.
Aucune odeur de brûlé ne blasphéma le salon, aucun éclat de graisse ardente ne vint corrompre la perfection de l’instant, aucun cri ne brisa la solennité de l’œuvre. Tout fut tel qu’il devait être.
Le lendemain il n’y avait dans les cendres ni os, ni dent, ni organe, rien sinon les habituelles poussières grisâtres, rien sinon le jour et son insolente fadeur, rien sinon l’ultime raffinement d’une poésie incendiaire épurée.

Aux nues nocturnes de l’Art//Francis Thievicz ©

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