Selon la prescription, elle les croquait comme des radis. Le médecin lui avait bien dit de les écraser dans sa bouche et de lui relater chacune des sensations : dormait-elle mieux la nuit ? Se sentait-elle plus vive, plus encline aux plaisirs ? Elle en dévora tant et tant qu’un beau jour, l’une des plantes se rebella : au moment de finir en miettes entre les canines d’Odila, elle détortilla ses racines, les fit enfler au point que deux jambes éclatèrent le crâne de la mangeuse de mandragores.
En regardant la bouillie à terre, le professeur de Tübingen tenta de reconstituer le puzzle de la tête explosée. Las de cet l’exercice, désespérant de différencier les morceaux, il salua, sorti de nulle part, un homme étrange dont la chevelure de feuilles était impressionnante ‒ il avait l’air d’un arbre en marche, mais c’était secondaire.
Le botaniste ne chercha pas à savoir qui il était. Il donna l’ordre à son valet de balayer les restes et d’enterrer le corps de sa patiente car l’expérience avait raté. Puis il nota sur ses carnets : « Nihil refert. »

Canines et Flore 37 : Alraun mennle//Céline Maltère ©

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