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Notre planète semblait courir à sa perte. Dieu avait constitué notre monde en six jours et l’homme était sur le point de le réduire à néant en une fraction de seconde. Les tests effectués en laboratoire sur une poignée de cobayes, des hommes et des femmes lambdas, s’étaient tous avérés concluants : on avait pu concevoir une machine capable de les dupliquer à l’infini, en créant des clones innombrables au sein des salles d’expérience. On se retrouvait avec une centaine de Monsieur Dupont, tous identiques les uns aux autres, chacun ayant les mêmes pensées que ses doubles, se comportant sur un schéma unique, avec une parfaite similitude dans le chagrin, la joie et la tristesse. Les rêves de chaque exemplaire étaient les mêmes que ceux de ses frères. On était parvenu à obtenir une légion de Dupont et de Durand, des Duchmol à foison… Cette multitude de sosies pullulait dans les couloirs du laboratoire, tous doublons les uns des autres. Leur nombre grimpait en flèche, de façon exponentielle, selon la volonté des grands administrateurs du monde qui croyaient là amplifier l’importance de notre race sur le globe, en la développant en masse grâce aux progrès de la science : un élevage en batterie en somme. Depuis longtemps le terme « président » avait été abandonné car la société n’était plus qu’une administration à gérer comme une entreprise, nul ne sortait du rang, chaque homme n’était qu’un rouage pareil aux autres. Alors, quand le laboratoire Multiplex inventa la machine, l’humanité rapidement se démultiplia, engendrant bien plus de clones que l’espace au sol ne pouvait en supporter. Très vite, la planète fut peuplée de tellement d’individus que la seule émanation toxique de toutes leurs respirations provoqua l’évaporation de la couche d’ozone — les gens se marchaient littéralement sur les pieds, Duchmol contre Duchmol, serré lui-même contre au moins cinquante de ses doubles —, et les rayons solaires que plus rien ne filtrait consumèrent en un éclair les pauvres créatures, que dans sa très grande sagesse Dieu n’avait conçues que sous la forme d’un couple unique.

Emporté par la foule//Patrick Boutin ©
Illustration//Pascal Dandois ©
in La fin des haricots//Z4Éditions ©

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