« Je n’ai plus personne, comprenez-vous ? Mes parents sont morts, ma femme m’a quitté, mon fils n’était pas de moi, je n’ai aucun ami, je n’ai plus d’emploi ni de moyens financiers, et à force de solitude j’ai été happé par un tourbillon de manies et d’exigences intransigeantes qui me condamnent à rester seul, hélas, seul avec moi-même.
– Allons, mon vieux, ce n’est pas le temps de flancher, pas ici !
– Peu m’importe : il n’y a aucun endroit, aucun temps, aucune situation inappropriée pour se laisser aller à se morfondre. Allez, de toutes manières je vous ralentis : à force de conscience de la vanité de chaque acte, je ne fais plus rien et mes muscles se sont nécrosés. Laissez-moi. »
Nous respectâmes sa volonté, et combien avions-nous bien fait ! Tout juste avions-nous bifurqué derrière le mur que les cliquetis produisirent leur son caractéristique. La chair affligée, les matières spleenétiques, les os mélancoliques, toute la carcasse de celui que nous avions laissé derrière nous émit une mélodie spongieuse terriblement régulière, à peine ponctuée de râles hors gamme.

//Francis Thievicz ©

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