dauphin

« Veux-tu danser sur un dauphin infâme ?
[…]
Disait la vierge effarouchée.
[…]
Mais de sa nageoire, enfourchée,
Il promena la belle dame. »
Fragments grecs de l’Hymne à Poséidon

 

La pieuvre lunatique déclina toute invitation. Les tritons, les brochets, les feuillages rugueux du corail refusèrent de transporter la femme tuée par un dieu. Pourtant, le char était splendide ! Plus que de l’or brillait autour du corps inerte.
Il menaça, ne tonna pas ‒ c’était l’attribut de son frère ‒, mais promit d’avaler les mers et de laisser chaque vie le ventre à l’air.
Après concertation, la bête la moins obtuse accepta cette charge ; elle conduirait les morts dans leur dernière demeure, à une condition : sur son dos, à califourchon, le défunt retrouverait sa joie de vivre.
L’antithèse plut au dieu : le dauphin convoierait aux Enfers les guerriers et les belles dames. Et ce matin, j’ai vu, de mon hublot, apprêtée dans ma crinoline, passer un cortège étonnant : des femmes nues et rieuses, mes semblables, accrochées à l’aileron. Elles sont pourtant l’ombre d’elles-mêmes, leur âme trépigne : le voyage est insolite.
J’ai compris que le monde disparaîtrait dans le rire des odontocètes, et senti le bateau vibrer : ils attaquent !

Canines et Flore 36 : Le dauphin psychopompe//Céline Maltère ©

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