— Alors, paraît que tu veux m’épouser ?
— Mon père t’en a parlé ?
— C’est le premier truc qu’il m’a dit.
— Et alors, tu en penses quoi ?
— C’est une idée sympa. Pour l’instant, il faut que je lui rende sa planète. Après, nous pourrons organiser un grand mariage dans la capitale en ruines avec plein d’invités, de musique et de boisson verdâtre salvatrice.
Elle reste pensive et je vois dans ses yeux qu’elle se demande si je suis sérieux ou si je me fous ouvertement de sa gueule.
— Tu te moques là ?
— Non ma chérie, d’ailleurs où sont tes appartements ? Je compte bien assurer ma descendance avant de partir au front au cas où je me ferais bêtement tuer dans une embuscade de vilains révolutionnaires.
Là, Sarah marque un temps d’arrêt. Elle est coupée entre l’envie de s’envoyer en l’air, de faire un pied de nez à son paternel et la peur de mettre le chaos dans l’étiquette qui en a déjà pris un sacré coup. En fait, je comprends qu’elle veuille m’épouser parce que tout le palais pense que nous avons déjà couché ensemble pendant tout son enlèvement. Et en plus, c’est vrai. Elle s’est jetée sur moi dès le premier soir, alors qu’elle était encore sous l’emprise des gaz soporifiques et d’ailleurs, ce soir là, je l’ai mis sur le compte des effets secondaires des sédatifs. Surtout que j’avais écrasé son mécanisme préféré sous des tonnes de ferraille histoire de lui apprendre à vivre.
— Non, vraiment, Bob, on ne peut pas faire ça à mon père, ça le tuerait.
— Alors, donne-moi le moyen d’y aller cette nuit et je te rejoindrai.
— Tu oublies qu’il y a des caméras thermiques dans tout le palais.
— Ça, je m’en occupe.
Sarah prend un papier à mémoire, dessine un plan avec son doigt, puis elle appuie en haut et à droite de la feuille mémoire, ce qui bloque sa réalisation. Je plie la feuille dans ma poche et nous nous séparons sans plus de manière. Vers deux heures du matin, je n’arrive toujours pas à dormir. Je me tourne et me retourne sur mon matelas à coussins d’air. Je manipule les vannes d’oxygénation de la pièce, je me lève, demande un verre au serveur mécanique qui me suit partout. J’ai droit à la boisson nationale verdâtre. Je bois sans allumer la lumière, je ne veux pas encore avoir mal au cœur toute la nuit.

Les Archives Lumière 0.19//Francis Péhot ©

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