La science a toujours été un creuset d’imbécillités. S’y épanouissent les amateurs de syllogismes, les désordonnés farfelus ne sachant ni tirer conclusion ni émettre hypothèse, les théoriciens partisan ne souhaitant qu’appuyer quelque tendance sociale, les fanatiques du raisonnement par induction, les aigris ourdissant quelque revanche contre certains cercles corporatistes dont ils sont bannis, etc. La plupart – pour ne pas dire tous – ne sont pas motivés par la volonté de tirer de linceul de Dieu et d’en autopsier le cadavre, ils sont surtout animés par ces perverses idées de reconnaissance et de postérité – tous oubliant le caractère nécessairement éphémère de toute découverte ainsi que l’annihilation à brève échéance de l’histoire humaine, sans compter sur la médiocrité de la crasseuse partialité du jugement d’autrui.
Parmi cette cohorte de dégénérés j’ai rencontré un individu tout ce qu’il y a de plus banal, à ceci près que sa stupidité était moins pudique que celle des autres. Il avait changé son nom de baptême pour 2. Le nombre 2 n’était pas un ajout à son état civil mais était bel et bien devenu son nouveau patronyme. Ainsi en avait-il décidé par souci d’optimisme, car ainsi se déroulait sa pensée : puisque nous renouvelons sans cesse les cellules de notre corps (ingérant la matière première, la transformant, puis nous en délestant), puisque ce qui nous différencie des cadavres ce sont les flux de fluides et les champs électriques animant le corps et organisant sa complexion, alors pourrais-je, à partir de mes déchets, me recréer. Puisque je me recréerai à partir de mes déchets initiaux, ce sera mon premier moi qui revivra, je suis donc le numéro 2.
Lors de sa démonstration publique, il plaça deux bobines de cuivre sur l’amas de poussières, de poils, de cheveux et de boues, auquel il avait ajouté quelques gouttes de son sang, abaissa le levier de la génératrice, et… rien sinon les rires, les quolibets et les huées.
Piteux, il ordonna à son assistant de se débarrasser des débris de son échec qui furent dirigés vers le foyer du poêle au fond de la pièce. Mais voilà la raison de l’existence de ce récit : certainement les déchets brûlèrent-ils, pourtant ce fut numéro 2 qui s’enflamma et fut réduit en cendres, là, au milieu de l’amphithéâtre, les mains posées sur la table, sans aucune feu alentour pour l‘enflammer.

Numéro 2//Francis Thievicz ©

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