fian

Pour séduire Mademoiselle Eudoxe, le jeune homme l’invita à se promener dans Paris. Il crut l’impressionner au caveau d’une vieille abbaye où l’on projetait des fantasmagories. Mais la lanterne magique ne l’émut guère : elle n’eut pas peur face aux squelettes ; elle ne trembla pas au son du glassharmonica dont les notes lugubres envahissaient la pièce. Au contraire, elle était ravie par ce cortège étrange et Léonard, son soupirant, ne put la serrer dans ses bras. Il voyait bien, autour de lui, que toutes les demoiselles s’effarouchaient. Seule Mademoiselle Eudoxe était d’une autre trempe. En sortant du caveau, ils firent quelques boutiques. Il lui offrit des fleurs qui la laissèrent indifférente, puis ils burent un verre au Rat-Mort, et ce nom l’amusa.
En la raccompagnant, Léonard déclara :
« Cette soirée fut charmante ».
Elle ne répondit pas.
Le mercredi suivant, elle lui permit d’entrer dans le salon où il constata aussitôt que le bouquet offert avait séché très vite. Mademoiselle Eudoxe n’avait même pas songé à le poser dans un vase.
Léonard s’agenouilla. Il lui tendit une petite boîte qu’elle attrapa avec la même indifférence, l’ouvrit : la bague était splendide ! Elle la passa au doigt et n’en fit pas de cas.
Pouvait-il considérer qu’ils étaient fiancés, désormais ? Les jours passèrent, rien ne changea. Elle semblait, en sa compagnie, éprouver un profond ennui.
Mais le jeune homme ne perdit pas courage car il était follement épris. Il l’invita à de nouvelles promenades qui les menèrent, ce lundi-là, au 29 de la rue Lamartine. Quelque chose se passa : elle parut frémir pour la toute première fois lorsqu’ils longèrent la boutique de Carmeline.
« Oh ! Mon ami ! Entrons. Je veux voir l’œuvre de cet homme ! »
Elle s’extasia devant les étagères où Carmeline exposait son ouvrage. Elle battit des mains, émerveillée comme une enfant. S’il voulait l’épouser, Léonard comprit tout à coup qu’il devrait refaire sa demande. Ainsi, le lendemain, il se mit à genoux comme la fois précédente, lui offrit une jolie boîte qu’elle ouvrit avec émotion : elle contenait des dents en or, quelques canines artificielles et plusieurs molaires véritables, serties sur un magnifique râtelier. Troublée par ce présent, ce soir-là et avant les noces, elle perdit sa virginité.

Vénus 13 – 3 : Fiançailles//Céline Maltère ©

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s