Ils s’arrêtèrent sur cette route de montagne, et l’un des deux proposa une petite ascension pour aller plus haut, profiter du panorama.
– Je peux pas, ch’uis infirme, dit le second, encore dans la voiture.
– « Fainéant » tu veux dire, répondit l’autre en rigolant.
– Non, infirme, regarde, j’ai même des béquilles. Et il descendit faire la démonstration de son handicap, ne laissant aucun doute à la vue de ses jambes atrophiées qu’un short laissait voir, sur son état d’estropié. L’ascension de la pente serait pour lui sinon impossible, en tout cas extrêmement pénible.
Il se demanda connaissant son ami depuis près de dix ans, comment il se faisait qu’il ne s’était jamais rendu compte de son handicap, et pour cause, en fait, il n’allait devenir effectivement infirme que 7 ans plus tard. Troublés, ils redescendirent dans la plaine. Là, où les béquilles et l’invalidité s’y rapportant disparurent sans laisser de souvenirs.
S’agissait-il d’un bug du continuum espace-temps? Ou alors ça avait un but. En tout cas ils échappèrent à l’avalanche. En effet, un glissement de terrain se déclencha peu après leur départ, un éboulement qui les aurait sans doute emportés.
Et ça me fait penser à ceci: « la personne que nous étions, celle que nous sommes ou que nous allons devenir ainsi que celle que nous aurions pu être, sont une, par-delà les espaces et les temps… »
Ou bien l’anomalie se situait dans les béquilles, des cannes anglaises plus exactement, des objets bizarroïdes, comme on pourrait le déduire, en écoutant leur propriétaire en parler comme ça : « Les moins obéissantes en dehors de leur centre d’activité ambulatoire, ce sont bien mes béquilles, elles profitent à l’arrêt, de la moindre occasion, de fautes d’inattention de ma part, pour tomber, un vrai casse-tête pour les faire tenir. Chutes que je parviens à endiguer, à enrailler parfois, d’un accident de volonté. Un accident de volonté qui, mes cannes étant stoppées quelque fois dans leurs chutes, par un morceau de mur ou autre chose, passera donc plutôt, pour un accident tout court, pour du hasard, plutôt que pour l’action de mon contrôle mental sur ce réel, plutôt que pour une intervention supputée télé-kinésiste. »
Mais, avec le fauteuil roulant, de drôles de choses survinrent aussi, une… Nuit… « A l’entrée de la bretelle était noté, sur un panneau modulable, que l’autoroute sera fermée de telle date à telle date, de telle heure à telle heure, or, on était exactement dans le milieu de ce créneau. Je décidai, cette décision si folle soit-elle, d’emprunter pour m’évader de la ville/impasse, cette autoroute, déserte, subodorai-je, avec mon fauteuil roulant. Arrivé sur l’autoroute en lui même, j’hésitai, peut-être à cause de l’obscurité presque totale, et attendis un peu, m’immobilisai, bien qu’apparemment, il n’y avait âmes qui vivent. Un véhicule apparut cependant, puis un autre et tout à coup, quatre ou cinq. Je repris la bretelle à contre sens, deux bagnoles y surgirent et nous frôlâmes la catastrophe. Une fois revenu sur « mes pas », à l’emplacement du tableau ou étaient indiqués heures et jours de fermeture, les inscriptions avaient été changées ou plutôt annulées, (paranoïa-hallucinatoire ?)…Puis un fourgon de police arriva, les deux agents me demandèrent ce que je voulais faire, je répondis évasivement, et ils me déposèrent à un hôtel, après avoir constaté, que j’avais de quoi payer… plus tard, il s’avéra impossible de savoir qui étaient et d’où venaient ces supposés policiers. »

Dyscontinuum//Pascal Dandois ©

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