Les défunts mangent, boivent et s’habillent. Ils promènent leur chien sans laisse, dans de tortueux corridors que personne ne veut emprunter. Pour rire, ils touillent leur soupe dans les canopes, se jettent les viscères à la face. Agapes des vers, poussière froide, neige sans hiver… La fête est continuelle.
J’arrivai dans ce brouhaha, intimidé d’être fraîchement mort. Mes bandelettes m’irritaient, j’étouffais, quand Gemnikai me dit que j’avais mauvaise mine. Il attrapa un morceau du tissu et me fit tourner comme une toupie ! Vous auriez vu comme ils me dévidèrent…
« Tu t’es fait coudre par un novice ? » Gemnikai attrapa le couvercle de mon crâne, le lança tel un discobole en direction d’une femme dont les os sans chair me charmèrent. Etait-ce la nudité ? Elle s’approcha, racla de son index ma peau qui sentait la cannelle.
« Je rêverais de t’ouvrir le ventre. »
Telle fut sa déclaration. Ils m’obligèrent à aimer son squelette, comme si j’étais vivant. Ils firent ensuite des passes avec mon cœur.
Après qu’ils eurent bien ri, ils m’assirent sur une chaise :
« A ton ka ! ». Et ils portèrent un toast à la vie éternelle.

Canines et Flore 28 : A ton ka 1//Céline Maltère ©

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